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Le 15 juin 1940, les colonnes motorisées de la Wehrmacht déferlent sur la France et progressent irrésistiblement vers Nantes et Lyon. Les dernières troupes britanniques du corps expéditionnaire se sont retirées des combats et vont regagner l’Angleterre. Le président Paul REYNAUD demande au général WEYGAND d’accepter l’idée d’une capitulation. Il démissionne le lendemain, et le nouveau gouvernement du maréchal PÉTAIN décide alors d’interroger les Allemands pour savoir quelles seraient les conditions d’un armistice.

La guerre est perdue. C’est un fait indéniable. Pourtant, à l’école de cavalerie de Saumur, le colonel MICHON convoque tous les officiers instructeurs. Lieutenants et capitaines, ils ont quitté à regret des unités combattantes pour assurer la formation des élèves-aspirants de réserve (EAR) de la cavalerie et du train des équipages. L’un d’eux, le lieutenant DE FAVITSKI, qui deviendra par la suite général et commandant de l’École de guerre, se souvient des propres paroles de son chef, en ces heures dramatiques :

Nous devons à l’honneur de la cavalerie de défendre les postes de Saumur… même si cela ne doit servir à rien.

Et le colonel MICHON ajouta :

Ce qu’ont fait les cadets de l’Alcazar, ceux de Saumur peuvent le faire aussi.

Le commandant de l’École évoquait ainsi le sacrifice des célèbres cadets de l’Alcazar de Tolède, assiégés par les républicains, et dont la résistance acharnée avait été, avant la guerre, exaltée par la propagande nationaliste.

Ainsi, c’est leur propre chef qui donne aux EAR de Saumur ce nom de « cadets », qui n’avait pourtant rien d’officiel dans l’armée française et sous lequel ces très jeunes gens vont désormais entrer dans l’histoire.

Le colonel MICHON, commandant l’école de cavalerie, réunit 2500 hommes (dont les EAR des écoles de cavalerie et du train et un bataillon de 350 hommes de l’école d’infanterie de Saint Maixent) issus de différentes unités et organise la défense de 4 ponts sur la Loire.

Une défense presque dérisoire

Ces adolescents héroïques symbolisent le courage de ceux qui acceptent le sacrifice suprême, alors que tout est perdu. Dans une nation en pleine déroute, ils témoignent des ultimes vertus militaires, et serviront ainsi d’exemple à la jeunesse du pays tout entier. Il est déjà terrible, à moins de vingt ans, de mourir au combat. Le sacrifice prend encore plus de grandeur quand on sait qu’il s’accomplit deux et même trois jours après que le gouvernement a décidé de demander à l’adversaire comment rechercher à mettre fin aux combats, « dans l’honneur et la dignité ».

Quand les premiers éléments des colonnes de la Wehrmacht arrivent aux abords de la Loire, après avoir battu les troupes françaises sur la Somme puis sur la Seine, une très vive fusillade éclate, venant des rives et de la rive sud du fleuve.

La bataille de Saumur commence.

Le maire voulait déclarer se cité « ville ouverte », mais le colonel MICHON refusa d’accéder à son désir. Pour cet officier de tradition, il y allait de l’honneur de l’École, de l’honneur de la cavalerie, de l’honneur de l’armée. Il n’était pas question de ne pas se battre.

Comment se trouve alors articulée la résistance française dans ce secteur de Saumur ? Gardé depuis le début de juin 1940, il comprend quatre points principaux : le pont de Varennes à Montsoreau, à l’est ; le viaduc (voie ferrée), également à l’est ; les ponts de Saumur (Cessart au sud et Napoléon au nord) ; le pont de Gennes aux Rosiers-sur-Loire, à l’ouest.

Bien que l’armistice ait été demandé le 17 juin et malgré un ordre de repli, les éléments susceptibles de résister restent sur place. Le personnel civil, l’intendance et les 800 chevaux sont évacués.

Dès le début d’avril, le colonel MICHON, commandant l’École de cavalerie, a rappelé du front les douze officiers les mieux classés des dernières promotions. Bien malgré eux, ils vont devenir les instructeurs déjà expérimentés des 870 élèves-aspirants de réserve en stage. La durée des cours est ramenée à trois mois, au lieu de six en temps normal.

Bien que la participation des EAR ne soit pas prévue aux combats, l’École n’étant qu’une unité de perfectionnement, l’efficacité de son enseignement va être démontrée « sur le terrain ».

Pour s’opposer au franchissement de la Loire par des blindés, le colonel MICHON, désormais chargé de la défense du secteur de Saumur, dispose, pour un front de 40 km, de : 35 mitrailleuses, 110 fusils-mitrailleurs (certains, modèle 1916), 10 canons de 25, 4 mortiers de 81 (dont un sans percuteur), 7 mortiers de 60, 5 chars de combat H 39 (Hotchkiss), automitrailleuses, 8 chenillettes, 5 canons de 75, dont 2 de démonstration, si vétustes que le commandement hésitait à les utiliser le 14-Juillet pour des tirs à blanc ! Ajoutons une centaine de cartouches par homme pour des mousquetons modèle 1892.

Aux 870 EAR de la cavalerie et du train s’ajoute une compagnie de l’École d’application de Saint-Maixent, une compagnie de tirailleurs nord-africains et des éléments d’unités dispersées, au total 2 200 hommes.

Le viaduc et le pont Napoléon sautent dans la nuit

Le mardi 18 juin à 13 h 30, le colonel MICHON installe son poste de commandement sur la crête à 800 m à l’est du château, villa des « Grandes Brises », rue des Moulins.

Vers 21 heures, une approche de reconnaissance allemande est annoncée. Les éléments établis dans l’île sont mis en alerte. Le pont Napoléon saute à minuit. Trop tôt, au dire de certains.

Le lieutenant DE BUFFÉVENT, qui commande l’île, se fera tuer le lendemain au cours d’une reconnaissance.

Alors que les automitrailleuses du 670e groupe antichar allemand atteignent la Loire vers 3 heures du matin le 19 juin, un tir de harcèlement commence, tandis que le viaduc saute.

Combats dans l’île de Gennes et sur la rive sud

Le 19 juin, le pont reliant la rive nord à l’île saute à 15 h 40.

Vingt minutes plus tard arrivent les premiers éclaireurs allemands. Des mitrailleuses sont postées aux extrémités et sur la place du bourg.

Dans l’île, le lieutenant DESPLATS, chargé avec la 11e brigade de la défense du pont et de ses abords, croit distinguer des uniformes français sur la rive nord. E décide d’envoyer en liaison deux EAR en barque. Il se rend compte de son erreur lorsqu’une rafale, partie d’en face, blesse un tirailleur posté à ses côtés.

Profitant d’une accalmie, le capitaine FOLTZ, commandant l’escadron de soutien, effectue une liaison avec DESPLATS. Peu après, les Allemands envahissent Rosiers-sur-Loire et déclenchent un tir à la mitrailleuse depuis l’arrière du bourg.

Un événement, qui en d’autres circonstances eût paru comique, va précipiter le déroulement des opérations : vers 20 h 30, au moment où le curé des Rosiers vient fermer son église, trois officiers allemands le somment de les conduire dans le clocher. Le prêtre rétorque que la clef se trouve à la mairie. Les Allemands pensent que le curé refuse d’obéir et le menacent. Il est amené avec le maire dans l’église.

En possession des clefs, les officiers et quelques soldats montent dans le clocher installer une antenne de radio. Tandis qu’ils opèrent, la pendule sonne neuf coups. Aussitôt un tir de mitrailleuse se déclenche depuis l’île de Gennes, juste en face.

Deux minutes plus tard, l’horloge se fait à nouveau entendre. Les défenseurs, qui ont « surpris du mouvement » dans le clocher, exécutent un tir direct. Furieux, les Allemands, ignorant tout d’un système à répétition, démolissent le mécanisme de la pendule, persuadés que les deux notables ont tiré la cloche pour les signaler. Pris comme otages, le maire et le curé sont gardés pendant deux jours et deux nuits, sans manger ni dormir, sur la place de l’église. Leur innocence enfin reconnue, ils sont relâchés, après avoir été réconfortés par un pasteur allemand.

L’attaque de Gennes venant de commencer se poursuit par un violent bombardement de la rive gauche et de l’île qui s’étend sur presque 2 km.

DESPLATS, brillant officier sorti major de sa promotion en 1938, peut annoncer à son commandant d’escadron, par le truchement du bureau de poste de Germes, que « tout va bien et que le moral des élèves est magnifique ». Cet ancien scout va demeurer jusqu’au bout fidèle à sa « promesse ». Profondément croyant, extrêmement droit et de caractère gai, parfait cavalier, il aime la vie en plein air.

La nuit est maintenant tombée, mais la partie droite de l’île reste éclairée par la lune. Toute l’artillerie allemande entre alors en action. L’ennemi tente un passage en canots pneumatiques, mais des tirs bien réglés le dissuadent de continuer. Craignant un débarquement à l’est, DESPLATS donne l’ordre aux mitrailleuses de se déplacer.

Il est 23 h 30. Le bombardement devient si impressionnant que l’officier du génie chargé de détruire la partie du pont qui relie l’île à la rive sud, craignant qu’un obus vienne déranger son dispositif de mines, déclenche l’explosion, privant par son initiative malheureuse la 11e brigade de moyens de renfort, de ravitaillement et de repli.

C’est alors que le lieutenant DE GALBERT se fait porter dans l’île auprès de DESPLATS. Les deux officiers n’ignorent pas que la lutte est inégale et l’issue prévisible. GALBERT s’en retourne, ramenant dans sa barque quelques blessés et un soldat tué par l’explosion.

Assaut allemand à l’aube

DESPLATS, accompagné de son chien, passe le reste de la nuit à examiner le matériel défaillant et à effectuer des réparations de fortune. Il va voir ses élèves, sans se soucier des balles sifflant à ses oreilles. 2 leur dit :

Nous n’en reviendrons pas, mais c’est pour la France.

Et encore :

On fait une fois le sacrifice de sa vie. Après, on est un soldat…

L’officier redoute une attaque à l’aube : les Allemands, durant la nuit, ont construit des radeaux avec des portes, arrachées aux maisons du village, et des barriques en guise de flotteurs. Des pelles leur servent de rames. Quelques bateaux pneumatiques blindés les accompagnent, contenant chacun une dizaine d’hommes.

Desplats et ses hommes se battent avec courage. Ils coulent bon nombre d’embarcations. Le tirailleur Bachir est tué, tandis que l’un des plus jeunes élèves, Guy ROLAND-GOSSELIN, un poignet fracassé, se jette à l’eau alors qu’il va être encerclé. Une balle l’achève. Son corps sera retrouvé près de l’abbaye de Sainte-Maure, en aval du Thoureil, et enterré par les religieux. Il n’avait que 19 ans.

L’EAR DUNAND, blessé depuis la veille, ne cesse de tirer jusqu’au moment où un obus le décapite ; le maréchal des logis BRAILLARD, adjoint de DESPLATS, qui répète : « nous mourrons, mais la France sera sauvée », s’effondre sous les balles ; le caporal BRASSEUR, la pipe à la bouche, est tué en attaquant à la grenade !

L’ennemi, cent fois supérieur en nombre, prend pied dans l’île. Après un combat corps à corps, les Français sont submergés. DESPLATS tombe le 20 juin, vers 5 heures du matin, avec quelques-uns de ses élèves. Les survivants, ayant épuisé leurs munitions, sont faits prisonniers, non sans avoir auparavant jeté armes et mitrailleuses dans la Loire.

Près du corps du lieutenant DESPLATS, son chien, NELSON, blessé, gémit doucement. Un Allemand lui donne le coup de grâce, après avoir refusé qu’un élève s’en charge.

Je donnerai moi-même satisfaction à la mémoire de votre chef, explique-t-il.

L’île est maintenant entièrement occupée et l’adversaire prend pied sur la rive sud du fleuve.

Dans cette partie du secteur, le lieutenant Jean-Pierre ROIMARMIER trouve la mort. Il commande un effectif de cent-vingt hommes de la compagnie du train. Jusqu’à sa dernière cartouche, il est debout, blessé, abattant un à un les Allemands qui l’encerclent.

Bon sang ne saurait mentir : son grand-père, ancien combattant de la guerre de Crimée, a reçu la médaille militaire devant Sébastopol des mains du général CANROBERT et fut décoré, en 1922, de la croix de commandeur de la Légion d’honneur par le maréchal FOCH, en tant que doyen des médaillés militaires. Il avait 95 ans Le père du lieutenant ROIMARMIER, héros de la guerre 14-18, fut sous-préfet de Saumur.

Le fils fut tué en défendant le pont qu’avait inauguré le père.

Contre-attaque sans espoir

Une manœuvre désespérée est alors déclenchée sur ordre du lieutenant DE GALBERT, magnifique officier dont le dynamisme et le courage entraînent ses hommes. Un élève lui dit :

C’est à la mort que vous nous envoyez, mon lieutenant ?

Il réplique superbement :

Je vous fais cet honneur, monsieur !

Menée de main de maître, la manœuvre permet de réoccuper les positions perdues dans la matinée sur la rive sud.

Cependant, les Allemands regagnent du terrain, malgré la vaillance des défenseurs qui, pour la plupart, viennent de recevoir leur « baptême du feu ». Le lieutenant BONNIN de la 24e brigade meurt tragiquement. Il se trouvait à gauche du pont et remarqua un homme très jeune portant un sac. Surpris de rencontrer un civil en cet endroit, il le questionna.

Je vais à la boulangerie, lui dit l’homme.

À peine l’a-t-il dépassé que BONNIN reçoit une rafale de mitraillette ; il meurt après quelques heures de souffrances, disant à l’aumônier venu l’assister :

Je suis heureux de mourir pour la France.

Le meurtrier a été abattu. Il s’agissait d’un espion dont on a toujours ignoré la nationalité. Les Allemands, en découvrant une plaque d’identité sur son corps, lui rendront les honneurs militaires…

Dans la seule journée du 20 juin, on compte une trentaine de morts dans l’île et sur la rive sud. Les pertes allemandes sont sans doute plus importantes.

On se bat dans Saumur

Saumur prépare sa résistance. Des tranchées ont été creusées et des barricades installées dans le vieux quartier Saint-Pierre comme le long des quais. Tout devra être tenté pour fermer la route du sud aux Allemands. Le square de l’hôtel de ville ressemble à une forteresse. Une mitrailleuse pointe sous le kiosque à musique. Tant bien que mal on s’organise.

Il faudra se battre jusqu’à épuisement des munitions et s’il le faut, rue par rue, corps à corps. Cependant, le centre de la cité va échapper à la bataille, les Allemands décidant d’attaquer par l’est et de prendre la ville à revers.

Au matin du 20 juin, après un violent bombardement du viaduc et de toute la route de crête, les Allemands débarquent au pied de la falaise du Petit-Puy, face à la position de la brigade NOIRTIN. Ils escaladent la colline et s’infiltrent à travers les groupes de résistance avant de se heurter aux EAR qui défendent la cote 90 et la ferme d’Aunis.

Le bâtiment sert de PC au capitaine DE SAINT BLANQUAT, qui doit éventuellement intervenir entre le viaduc et le village de Candes. La ferme est située à environ 1 500 m de la rive sud de la Loire. Elle est construite en tuffeau, la pierre blanche et calcaire caractéristique de la région. Les vignes qui l’entourent font la réputation des vins de Saumur.

Depuis le 17 juin, une cinquantaine d’élèves sont cantonnés dans l’exploitation. Pour ces jeunes, l’inactivité forcée est dure à supporter. Ils réalisent qu’ils vont devoir se défendre, et cette perspective les enthousiasme. Ils creusent des tranchées près de la route, retournent la terre des champs pour simuler l’emplacement de mines antichars.

La 17e brigade du sous-lieutenant DE FAVITSKI ferme les issues du village de Champigny. Devenu général, il se souviendra toute sa vie de cette journée :

Les EAR m’avaient demandé l’autorisation de combattre en tenue : vareuse, bottes, éperons. J’ai suivi leur exemple avec, par-dessus le tout, un treillis afin d’être facilement repéré par mes hommes.

L’adversaire approche, non sans mal. Mais, comme à Germes, grâce à l’importance de leur matériel, la position tombe.

Les granges sont en feu, les bâtiments croulent sous les obus. Un EAR resté dans un grenier continue un tir précis par une lucarne. On lui ordonne de descendre, mais il réplique :

Mon capitaine, quand on a l’honneur d’être là, on n’en sort que mort !

Les blessés sont mis à l’abri dans la cave. Ils reçoivent les premiers soins d’un étudiant en médecine, l’élève PARAVISINI, fort démuni de pansements.

Il est aidé par le vacher, vétéran de la Première Guerre, ancien sergent d’infanterie qui trouve le temps de conseiller les « p’tits gars » sur les meilleurs angles de tir, revivant vingt-deux ans après, ses souvenirs glorieux. Le brave Joseph DARNAND portait lui aussi, pour la circonstance, son « costume du dimanche ».

On n’est jamais trop beau pour se battre, disait-il. Cité à l’ordre de l’armée, il reçut la croix de guerre.

Les Allemands pénètrent bientôt dans la ferme. Peu après le décrochage, un officier d’état-major se présente au PC du colonel MICHON, portant un ordre de repli : « Soucieux de ne pas faire massacrer inutilement dans Saumur toute l’élite de la jeune cavalerie, le général Pichon (adjoint au général commandant la IXe Région) ordonne la cession des combats. » Le colonel refuse d’abord de s’incliner, pensant faire changer d’avis son supérieur. Il veut se rendre au PC du général, du côté d’Azay-le-Rideau, mais ses vieilles blessures le faisant souffrir il doit renoncer à faire le chemin en side-car.

L’ordre de retraite générale est donné pour le soir du 20 juin à 21 heures.

Le colonel MICHON mourra quelques mois plus tard, miné par le chagrin qu’il essaie de dissimuler, mais qu’il porte en lui comme le poids d’un remords.

Le 21 juin, le centre de Saumur est envahi par un nombre important de motocyclistes allemands, ayant franchi la Loire sur des ponts de fortune. Un officier donne l’ordre de déblayer les rues et les places. Le commissaire de police parcourt lui-même la ville pour inciter les Saumurois au calme.

À un contre cent

Les vainqueurs, retardés de deux jours dans leur avance, pénètrent en force dans la vieille cité.

Dans les premiers jours de juillet, on apprend qu’en raison de la résistance héroïque des officiers et de leurs élèves, les prisonniers sont libérés, à l’exception d’une quinzaine d’entre eux déjà dirigés sur l’Allemagne. En fait, le chef d’escadron MARZOLF, d’origine alsacienne et parlant parfaitement l’allemand, plaida en leur faveur auprès du General Major FELDT, commandant la 1ère division de cavalerie. Celui-ci se-montra compréhensif, voulant bien considérer l’École de cavalerie non pas comme une unité combattante, mais comme un établissement de perfectionnement militaire, que seule l’avance rapide de l’adversaire avait contraint à faire le coup de feu. Impressionné par le courage et l’efficacité de cette poignée de soldats, il leur rend les honneurs militaires à l’issue des combats.

Néanmoins, le Général, devant être muté deux jours plus tard, conseilla aux Français de gagner au plus vite la ligne de démarcation, sa « mesure de clémence » risquant d’être infirmée par son successeur moins bien disposé.

C’est ainsi qu’une poignée d’hommes, combattait à un contre cent, ont voulu sauver l’honneur de la patrie, en un ultime et sanglant carrousel, face à une division de cavalerie allemande !


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Dans l’île, le lieutenant DESPLATS, chargé avec la 11e brigade de la défense du pont et de ses abords, croit distinguer des uniformes français sur la rive nord. E décide d’envoyer en liaison deux EAR en barque. Il se rend compte de son erreur lorsqu’une rafale, partie d’en face, blesse un tirailleur posté à ses côtés.

Profitant d’une accalmie, le capitaine FOLTZ, commandant l’escadron de soutien, effectue une liaison avec DESPLATS. Peu après, les Allemands envahissent Rosiers-sur-Loire et déclenchent un tir à la mitrailleuse depuis l’arrière du bourg.

Un événement, qui en d’autres circonstances eût paru comique, va précipiter le déroulement des opérations : vers 20 h 30, au moment où le curé des Rosiers vient fermer son église, trois officiers allemands le somment de les conduire dans le clocher. Le prêtre rétorque que la clef se trouve à la mairie. Les Allemands pensent que le curé refuse d’obéir et le menacent. Il est amené avec le maire dans l’église.

En possession des clefs, les officiers et quelques soldats montent dans le clocher installer une antenne de radio. Tandis qu’ils opèrent, la pendule sonne neuf coups. Aussitôt un tir de mitrailleuse se déclenche depuis l’île de Gennes, juste en face.

Deux minutes plus tard, l’horloge se fait à nouveau entendre. Les défenseurs, qui ont « surpris du mouvement » dans le clocher, exécutent un tir direct. Furieux, les Allemands, ignorant tout d’un système à répétition, démolissent le mécanisme de la pendule, persuadés que les deux notables ont tiré la cloche pour les signaler. Pris comme otages, le maire et le curé sont gardés pendant deux jours et deux nuits, sans manger ni dormir, sur la place de l’église. Leur innocence enfin reconnue, ils sont relâchés, après avoir été réconfortés par un pasteur allemand.

L’attaque de Gennes venant de commencer se poursuit par un violent bombardement de la rive gauche et de l’île qui s’étend sur presque 2 km.

DESPLATS, brillant officier sorti major de sa promotion en 1938, peut annoncer à son commandant d’escadron, par le truchement du bureau de poste de Germes, que « tout va bien et que le moral des élèves est magnifique ». Cet ancien scout va demeurer jusqu’au bout fidèle à sa « promesse ». Profondément croyant, extrêmement droit et de caractère gai, parfait cavalier, il aime la vie en plein air.

La nuit est maintenant tombée, mais la partie droite de l’île reste éclairée par la lune. Toute l’artillerie allemande entre alors en action. L’ennemi tente un passage en canots pneumatiques, mais des tirs bien réglés le dissuadent de continuer. Craignant un débarquement à l’est, DESPLATS donne l’ordre aux mitrailleuses de se déplacer.

Il est 23 h 30. Le bombardement devient si impressionnant que l’officier du génie chargé de détruire la partie du pont qui relie l’île à la rive sud, craignant qu’un obus vienne déranger son dispositif de mines, déclenche l’explosion, privant par son initiative malheureuse la 11e brigade de moyens de renfort, de ravitaillement et de repli.

C’est alors que le lieutenant DE GALBERT se fait porter dans l’île auprès de DESPLATS. Les deux officiers n’ignorent pas que la lutte est inégale et l’issue prévisible. GALBERT s’en retourne, ramenant dans sa barque quelques blessés et un soldat tué par l’explosion.

Assaut allemand à l’aube

DESPLATS, accompagné de son chien, passe le reste de la nuit à examiner le matériel défaillant et à effectuer des réparations de fortune. Il va voir ses élèves, sans se soucier des balles sifflant à ses oreilles. 2 leur dit :

Nous n’en reviendrons pas, mais c’est pour la France.

Et encore :

On fait une fois le sacrifice de sa vie. Après, on est un soldat…

L’officier redoute une attaque à l’aube : les Allemands, durant la nuit, ont construit des radeaux avec des portes, arrachées aux maisons du village, et des barriques en guise de flotteurs. Des pelles leur servent de rames. Quelques bateaux pneumatiques blindés les accompagnent, contenant chacun une dizaine d’hommes.

Desplats et ses hommes se battent avec courage. Ils coulent bon nombre d’embarcations. Le tirailleur Bachir est tué, tandis que l’un des plus jeunes élèves, Guy ROLAND-GOSSELIN, un poignet fracassé, se jette à l’eau alors qu’il va être encerclé. Une balle l’achève. Son corps sera retrouvé près de l’abbaye de Sainte-Maure, en aval du Thoureil, et enterré par les religieux. Il n’avait que 19 ans.

L’EAR DUNAND, blessé depuis la veille, ne cesse de tirer jusqu’au moment où un obus le décapite ; le maréchal des logis BRAILLARD, adjoint de DESPLATS, qui répète : « nous mourrons, mais la France sera sauvée », s’effondre sous les balles ; le caporal BRASSEUR, la pipe à la bouche, est tué en attaquant à la grenade !

L’ennemi, cent fois supérieur en nombre, prend pied dans l’île. Après un combat corps à corps, les Français sont submergés. DESPLATS tombe le 20 juin, vers 5 heures du matin, avec quelques-uns de ses élèves. Les survivants, ayant épuisé leurs munitions, sont faits prisonniers, non sans avoir auparavant jeté armes et mitrailleuses dans la Loire.

Près du corps du lieutenant DESPLATS, son chien, NELSON, blessé, gémit doucement. Un Allemand lui donne le coup de grâce, après avoir refusé qu’un élève s’en charge.

Je donnerai moi-même satisfaction à la mémoire de votre chef, explique-t-il.

L’île est maintenant entièrement occupée et l’adversaire prend pied sur la rive sud du fleuve.

Dans cette partie du secteur, le lieutenant Jean-Pierre ROIMARMIER trouve la mort. Il commande un effectif de cent-vingt hommes de la compagnie du train. Jusqu’à sa dernière cartouche, il est debout, blessé, abattant un à un les Allemands qui l’encerclent.

Bon sang ne saurait mentir : son grand-père, ancien combattant de la guerre de Crimée, a reçu la médaille militaire devant Sébastopol des mains du général CANROBERT et fut décoré, en 1922, de la croix de commandeur de la Légion d’honneur par le maréchal FOCH, en tant que doyen des médaillés militaires. Il avait 95 ans Le père du lieutenant ROIMARMIER, héros de la guerre 14-18, fut sous-préfet de Saumur.

Le fils fut tué en défendant le pont qu’avait inauguré le père.

Contre-attaque sans espoir

Une manœuvre désespérée est alors déclenchée sur ordre du lieutenant DE GALBERT, magnifique officier dont le dynamisme et le courage entraînent ses hommes. Un élève lui dit :

C’est à la mort que vous nous envoyez, mon lieutenant ?

Il réplique superbement :

Je vous fais cet honneur, monsieur !

Menée de main de maître, la manœuvre permet de réoccuper les positions perdues dans la matinée sur la rive sud.

Cependant, les Allemands regagnent du terrain, malgré la vaillance des défenseurs qui, pour la plupart, viennent de recevoir leur « baptême du feu ». Le lieutenant BONNIN de la 24e brigade meurt tragiquement. Il se trouvait à gauche du pont et remarqua un homme très jeune portant un sac. Surpris de rencontrer un civil en cet endroit, il le questionna.

Je vais à la boulangerie, lui dit l’homme.

À peine l’a-t-il dépassé que BONNIN reçoit une rafale de mitraillette ; il meurt après quelques heures de souffrances, disant à l’aumônier venu l’assister :

Je suis heureux de mourir pour la France.

Le meurtrier a été abattu. Il s’agissait d’un espion dont on a toujours ignoré la nationalité. Les Allemands, en découvrant une plaque d’identité sur son corps, lui rendront les honneurs militaires…

Dans la seule journée du 20 juin, on compte une trentaine de morts dans l’île et sur la rive sud. Les pertes allemandes sont sans doute plus importantes.

On se bat dans Saumur

Saumur prépare sa résistance. Des tranchées ont été creusées et des barricades installées dans le vieux quartier Saint-Pierre comme le long des quais. Tout devra être tenté pour fermer la route du sud aux Allemands. Le square de l’hôtel de ville ressemble à une forteresse. Une mitrailleuse pointe sous le kiosque à musique. Tant bien que mal on s’organise.

Il faudra se battre jusqu’à épuisement des munitions et s’il le faut, rue par rue, corps à corps. Cependant, le centre de la cité va échapper à la bataille, les Allemands décidant d’attaquer par l’est et de prendre la ville à revers.

Au matin du 20 juin, après un violent bombardement du viaduc et de toute la route de crête, les Allemands débarquent au pied de la falaise du Petit-Puy, face à la position de la brigade NOIRTIN. Ils escaladent la colline et s’infiltrent à travers les groupes de résistance avant de se heurter aux EAR qui défendent la cote 90 et la ferme d’Aunis.

Le bâtiment sert de PC au capitaine DE SAINT BLANQUAT, qui doit éventuellement intervenir entre le viaduc et le village de Candes. La ferme est située à environ 1 500 m de la rive sud de la Loire. Elle est construite en tuffeau, la pierre blanche et calcaire caractéristique de la région. Les vignes qui l’entourent font la réputation des vins de Saumur.

Depuis le 17 juin, une cinquantaine d’élèves sont cantonnés dans l’exploitation. Pour ces jeunes, l’inactivité forcée est dure à supporter. Ils réalisent qu’ils vont devoir se défendre, et cette perspective les enthousiasme. Ils creusent des tranchées près de la route, retournent la terre des champs pour simuler l’emplacement de mines antichars.

La 17e brigade du sous-lieutenant DE FAVITSKI ferme les issues du village de Champigny. Devenu général, il se souviendra toute sa vie de cette journée :

Les EAR m’avaient demandé l’autorisation de combattre en tenue : vareuse, bottes, éperons. J’ai suivi leur exemple avec, par-dessus le tout, un treillis afin d’être facilement repéré par mes hommes.

L’adversaire approche, non sans mal. Mais, comme à Germes, grâce à l’importance de leur matériel, la position tombe.

Les granges sont en feu, les bâtiments croulent sous les obus. Un EAR resté dans un grenier continue un tir précis par une lucarne. On lui ordonne de descendre, mais il réplique :

Mon capitaine, quand on a l’honneur d’être là, on n’en sort que mort !

Les blessés sont mis à l’abri dans la cave. Ils reçoivent les premiers soins d’un étudiant en médecine, l’élève PARAVISINI, fort démuni de pansements.

Il est aidé par le vacher, vétéran de la Première Guerre, ancien sergent d’infanterie qui trouve le temps de conseiller les « p’tits gars » sur les meilleurs angles de tir, revivant vingt-deux ans après, ses souvenirs glorieux. Le brave Joseph DARNAND portait lui aussi, pour la circonstance, son « costume du dimanche ».

On n’est jamais trop beau pour se battre, disait-il. Cité à l’ordre de l’armée, il reçut la croix de guerre.

Les Allemands pénètrent bientôt dans la ferme. Peu après le décrochage, un officier d’état-major se présente au PC du colonel MICHON, portant un ordre de repli : « Soucieux de ne pas faire massacrer inutilement dans Saumur toute l’élite de la jeune cavalerie, le général Pichon (adjoint au général commandant la IXe Région) ordonne la cession des combats. » Le colonel refuse d’abord de s’incliner, pensant faire changer d’avis son supérieur. Il veut se rendre au PC du général, du côté d’Azay-le-Rideau, mais ses vieilles blessures le faisant souffrir il doit renoncer à faire le chemin en side-car.

L’ordre de retraite générale est donné pour le soir du 20 juin à 21 heures.

Le colonel MICHON mourra quelques mois plus tard, miné par le chagrin qu’il essaie de dissimuler, mais qu’il porte en lui comme le poids d’un remords.

Le 21 juin, le centre de Saumur est envahi par un nombre important de motocyclistes allemands, ayant franchi la Loire sur des ponts de fortune. Un officier donne l’ordre de déblayer les rues et les places. Le commissaire de police parcourt lui-même la ville pour inciter les Saumurois au calme.

À un contre cent

Les vainqueurs, retardés de deux jours dans leur avance, pénètrent en force dans la vieille cité.

Dans les premiers jours de juillet, on apprend qu’en raison de la résistance héroïque des officiers et de leurs élèves, les prisonniers sont libérés, à l’exception d’une quinzaine d’entre eux déjà dirigés sur l’Allemagne. En fait, le chef d’escadron MARZOLF, d’origine alsacienne et parlant parfaitement l’allemand, plaida en leur faveur auprès du General Major FELDT, commandant la 1ère division de cavalerie. Celui-ci se-montra compréhensif, voulant bien considérer l’École de cavalerie non pas comme une unité combattante, mais comme un établissement de perfectionnement militaire, que seule l’avance rapide de l’adversaire avait contraint à faire le coup de feu. Impressionné par le courage et l’efficacité de cette poignée de soldats, il leur rend les honneurs militaires à l’issue des combats.

Néanmoins, le Général, devant être muté deux jours plus tard, conseilla aux Français de gagner au plus vite la ligne de démarcation, sa « mesure de clémence » risquant d’être infirmée par son successeur moins bien disposé.

C’est ainsi qu’une poignée d’hommes, combattait à un contre cent, ont voulu sauver l’honneur de la patrie, en un ultime et sanglant carrousel, face à une division de cavalerie allemande !

 
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