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Octobre 1950. Haut Tonkin. Après moultes délais et tergiversations du gouvernement, donc du commandement, l’évacuation de Cao Bang (frontière de Chine) est ordonnée. S’il est une part de l’Indochine où le Viêt est bien implanté, c’est bien celle-ci compte-tenu de sa proximité immédiate avec la frontière chinoise ; c’est bien évidemment en Chine qu’Ho Chi Minh a formé ses unités naissantes, armées par Mao Tsé Dong.

 

Depuis 1948 déjà, la RC4 – route coloniale reliant Cao Bang à Lang Son, est devenue une « route cimetière » pour les unités du Train chargée de l’approvisionnement de nos unités. Serpentant en boucles serrées entre de hautes falaises abruptes, elle est un piège à embuscades d’où il est impossible de se dépêtrer ! Si, en septembre, le SDECE, qui a réussi à casser les codes viêts, estime à 24 le nombre des bataillons viêts armés et prêts à être engagés – soit la quasi-totalité du corps de bataille viêtminh, des fuites ont eu lieu à Paris informant Ho Chi Minh de la décision de repli.

 

Pour tout arranger, le colonel C., (« l’invisible commandant de la Zone frontière » ou « C. le Magnifique » se moque la troupe…), va évacuer Lang Son le 18 octobre – non sans faire donner une aubade par sa musique, ruban sans doute du cadeau fait au Viêts à qui il laisse des arsenaux et des dépôts, lesquels contiennent 4 000 fusils, 20 000 litres d’essence, 8 000 obus de 105, 1 300 tonnes de munitions d’infanterie et même… un chasseur Kingcobra en panne sur l’aérodrome. Avant de partir…, il a tout de même fait remonter le groupement « Bayard » vers Cao Bang par la RC4, soit 4 bataillons qui, très vite, se feront accrocher depuis les hauts des falaises.

 

              C’est le poste de Dong Khé qui va tomber le premier ; tenu par plus de 500 légionnaires, il ne pourra résister plus de deux jours aux assauts de 6 bataillons viêts dont un d’artillerie. Au total, cette opération mal conduite nous coutera, outre la perte cette part de la Haute région, celle d’unités d’élite tel le 1er Bataillon étranger de parachutistes, le III/3e Régiment Etranger d’Infanterie, le 3e Bataillon Colonial Parachutiste ainsi que plusieurs Tabors et bataillons de tirailleurs marocains, soit près de 5 000 hommes tués ou faits prisonniers. Elle conduira également à l’abandon d’une population qui nous était favorable, ce que le capitaine Hélie Denoix de Saint-Marc, qui devra comme tant d’autres faire lâcher à coups de crosses les mains de ses villageois accrochées aux ridelles des camions GMC ne pardonnera jamais !

C’est ce drame qui début décembre 1950, conduira le général de Lattre de Tassigny à Hanoï. A peine débarqué, non sans avoir d’abord préalablement listé les noms de tous ceux qu’il veut renvoyer à Paris, il exigera qu’on rassemble le plus grand nombre d’officiers subalternes à qui il dira : « Si je suis venu en Indochine, c’est pour vous, les lieutenants et les capitaines… »

EXTRAITS DE 

ARMÉES ACTU 6

Association Nationale des Officiers de Réserve de l’Armée de l’Air

Octobre 2020