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Pourquoi la France a-t-elle pliée face à l’invasion allemande de 1940 ? Comment cela a-t-il pu arriver ? La défaite était-elle inéluctable ? A qui est-ce la faute ? Au plan Dyle-Breda, à la faiblesse de l’armée de Corap, l’inefficacité de la ligne Maginot ? Un manque de moyens ou de prévisions ? Qui était les chefs de l’armée française ? Qui est Gamelin, ou Georges ? Tant de questions en suspens plus de 80 ans après ces événements, certaines ont trouvées des réponses et d’autres font toujours couler beaucoup d’encre. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un personnage clé de cette campagne de 1940 ; le général Georges.

Max Schiavon, docteur en histoire, historien spécialiste de l’armée française de l’entre-deux guerres et de la campagne de 1940, particulièrement sous le prisme de ses élites militaires, réédite sa biographie sur le général Georges chez Pierre de Taillac. A l’occasion de cette nouvelle sortie, il a accepté de répondre à nos questions. Cette biographie porte sur Alphonse Georges, né le 19 août 1875 à Montluçon et décédé 24 avril 1951 à Paris, un général français plutôt méconnu du grand public et dont le rôle dans la campagne de 1940 est pourtant central, en sa qualité d’adjoint du général Gamelin dans la préparation à la guerre et de commandant en chef du front du nord-est lors de combats, c’est-à-dire chef de l’essentiel de la force combattante française. 

Propos recueillis par Camille Harlé-Vargas

Pourquoi une réédition de cette biographie de Georges ?

Édité une première fois par Anovi en 2009, l’ouvrage est indisponible depuis plusieurs années. Ayant reçu le prix de « L’épée et la plume » en 2010, le livre est toujours recherché mais introuvable hormis sur les sites d’occasions. Pour répondre à cette demande, la maison d’édition Pierre de Taillac a décidé de rééditer cette biographie. De plus, l’histoire étant une matière vivante, de nouvelles sources, des éléments complémentaires collectés au cours de recherches d’enrichir cette nouvelle édition.

Quelles sont les nouveautés dans cette nouvelle édition par rapport à la précédente ?

Ce livre est plus « léger » et plus maniable que le précédent, cartonné. Le contenu est plus abouti. Je donne davantage de précisons sur plusieurs aspects, pour ne prendre qu’un exemple à propos de l’attentat de Marseille, où Georges fut blessé. Il s’enrichit d’apports provenant de documents croisés au cours de la rédaction d’autres ouvrages comme Weygand ou Huntziger ou de nouvelles archives. La famille du général Georges a aussi retrouvé apporté de nouveaux documents qui ont enrichis ce nouvel ouvrage. Quelques erreurs commises auparavant ont aussi été corrigées.

Quel est l’intérêt des archives familiales pour cette biographie ?

Les archives de la famille Georges sont très riches, et comprennent des carnets, des correspondances, des notes et des photos… Chaque élément apporte un éclairage sur la carrière, le parcours et à la personnalité de Georges. Se cantonner aux archives officielles est trop partiel pour raconter le plus fidèlement possible la vie du général Georges.

Pourquoi « l’homme qui aurait pu éviter la débâcle » ?

Étymologiquement, une débâcle est une rupture soudaine de la couche de glace au-dessus d’un cours d’eau dont les morceaux sont emportés brutalement et en désordre. La débâcle d’une armée correspond à l’effondrement et le désordre en résultant face à un événement. Georges aurait pu éviter la débâcle de l’armée française en 1940 car il était contre l’application du plan Dyle-Breda et partisan de la conservation de davantage de réserves.  On sait que son point de vue et sa prise de position n’ont pas été pris en compte par le général Gamelin. S’il avait pu éviter la débâcle, il est tout de même fort probable qu’il n’aurait pas pu éviter la défaite en cette funeste année 1940.

Une précision : la fatigue très marquée du général du 12 au 16 mai n’est pas liée aux séquelles de l’attentat de Marseille, comme il est souvent indiqué. C’est tout simplement le stress et le manque de sommeil qui en sont la cause.

Cette nouvelle édition s’inscrit elle dans le cadre de la date anniversaire de la campagne de France ? Il y a-t-il eu un regain d’intérêt pour le sujet en cette période ?

Cet ouvrage aurait dû sortir un peu plus tôt dans l’année 2020 mais c’était sans compter la crise sanitaire. Cette réédition peut en effet s’inscrire dans les commémorations mais c’est avant un tout un livre intemporel. Il y a eu assurément un intérêt plus marqué sur le sujet en cette année anniversaire, d’où l’intérêt de mettre à disposition d’un public plus large des éléments de compréhension sur cette campagne qui a durablement marquée l’histoire de France.

D’après vous, quel est l’intérêt des biographies dans la compréhension de la campagne de France ?

Ce sont les hommes qui font l’histoire, d’où l’intérêt de connaître leur vie et leur parcours. Il est intéressant de les connaître pour parvenir à identifier ce qui les a amenés à prendre telle ou telle décisions au cours de la guerre. C’est finalement une mosaïque de personnages qui font la fresque de l’histoire.


Remerciements à Max Schiavon pour le temps accordé pour cet entretien et son travail de recherches, d’histoire et de mémoire au fil des années.

(source : site Theatrum Belli)