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Cet article de Jean-Paul Amat, président de la SAMA, a été publié dans le numéro de mars 2018 de TIM

Vieille de moins d’un siècle, née sur le territoire dévasté du champ de bataille qu’elle a contribué à cicatriser, porteuse de la mémoire de la Grande Guerre comme d’une riche biodiversité, la forêt de Verdun a obtenu il y a quatre ans le label « Forêt d’exception ».

L’attribution, en 2014 au début du centenaire de la Grande Guerre, du label Forêt d’exception® à la forêt domaniale de Verdun fut un signe de la Nation à la mémoire des 700 000 hommes tombés durant cette bataille de ″Trois cent jours et trois cent nuits″.

Dans les combats de 1916 huit villages furent rasés : Beaumont, Bezonvaux, Douaumont, Fleury, Haumont, Louvemont, Ornes, Vaux et leurs terroirs agricoles et forestiers. La reconstruction vit fleurir les initiatives : la souscription internationale en 1918 pour l’édification de l’ossuaire de Douaumont, la création de la nécropole nationale, la construction de sites de mémoire, comme la tranchée des Baïonnettes, le monument à Driant et ses chasseurs ou le mémorial de Verdun.

Un sanctuaire vivant

La valorisation des sites des villages détruits, le maintien des activités de défense. En 1923, sur la zone rouge aux sols gavés de mitraille et d’obus du département de la Meuse, l’État acquit plus de 15 000 hectares. Dévolus au ministère de l’Agriculture, ils furent boisés. Avec celle du Mort-Homme, rive gauche, naquit en 1927 la forêt domaniale de Verdun. Ses 9 615 ha accueillent plus de 300 000 visiteurs par an. La forêt est un sanctuaire vivant qui abrite toujours les restes de près de 80 000 combattants.

Durant près d’un siècle, la concertation entre de nombreux acteurs a permis d’administrer et de promouvoir un territoire dont le caractère sacré est affirmé. L’ossuaire de Douaumont accueille toujours les corps relevés lors des travaux forestiers et son bourdon, tous les jours à midi, fait retentir la sonnerie aux morts. À travers les dons reçus par le mémorial, les fêtes patronales animées dans les villages détruits, les chapelles commémoratives, la mémoire est bien vivante. Pour satisfaire au tourisme militaire les forts se sont adaptés. Tous ces rappels de l’histoire symbolisent la réconciliation franco-allemande. Après l’inauguration, en 1938, du monument aux morts de confession israélite, celle, en 2006, du monument aux combattants musulmans a répondu à la volonté d’élargir la dimension spirituelle du lieu aux trois religions monothéistes.

Un joyau forestier

Aux côtés de l’État, des élus, des collectivités, des responsables associatifs et militaires, les forestiers de l’Office national des forêts apportent leur connaissance en matière de gestion sylvicole, paysagère, environnementale et pour l’accueil des millions de visiteurs qui se sont succédé depuis 1919, quand Verdun et la Meuse devinrent la destination mondiale des pèlerins de la Grande Guerre.

L’obtention du label Forêt d’exception® concrétisa ces engagements pour un projet de territoire fondé sur la gestion durable. Il offre des moyens scientifiques, techniques et économiques de valoriser ce joyau forestier - que la richesse paradoxale de ses milieux ″naturels″ a fait inscrire en 2010, pour partie, au réseau Natura 2000, dans le respect des objectifs économiques (production de bois, promotion du tourisme) avec la mission d’étudier et de préserver des témoignages archéologiques de la Grande Guerre uniques en Europe.

Les valeurs partagées portent le projet au-delà du centenaire : accueil de qualité, préservation de l’authenticité des lieux, démarche éco-citoyenne et gestion durable, appui à la recherche et partage de données. C’est dans ce contexte que la forêt de Verdun fait aussi l’objet d’une campagne de souscription nationale lancée il y a deux ans par la Fondation du patrimoine et présentée sur son site : ″Verdun 1916 – Forêt d’exception®, un centenaire, un héritage″.

(source : site internet armée de terre)