French Arabic Chinese (Simplified) English German Italian Japanese Portuguese Russian Spanish

 

Récit de Maurice RILHAC

Novembre 2008

PRÉFACE

Le 7 mai 1954 à 17h30 les combattants de Dien Bien Phu ont cessé le feu. Epuisés, ayant depuis des semaines lutté de jour et, le plus souvent, de nuit, blessés, malades, trempés par la pluie, pataugeant dans les tranchées inondées, alimentés au hasard des parachutages imprécis, ils sont profondément choqués. Leur avenir est un immense point d’interrogation. La capture imminente reste pleine de dangers et la perspective de rejoindre le " royal balancier " suivant l’expression du moment, est une ultime épreuve sans espérance.

Pourtant certains songent déjà à rester maîtres de leur destin. Rilhac et ses trois compagnons sont de ceux-ci. Blessé et grabataire, le choix m’est interdit et j’ai vu les misérables colonnes des valides ou blessés légers partir vers les camps d’internement. Quitter ces convois est relativement facile. Mais dans quelle direction ?

Comment se nourrir, se soigner, lutter contre la faim, la maladie les défaillances des compagnons d’échappées, le doute et l’épuisement? Jusqu’au 25 mai, à Dien Bien Phu, durant les évacuations de blessés consenties par les Viêts, nous voyons revenir ceux qui ont choisi de partir vers le sud où se trouve la colonne Crévecœur venue du Laos et, s’appuyant sur la rivière Nam Youn, retrouver des lieux parcourus antérieurement. D’autres ont rêvé de la riviäre Noire qui les raménerait vers le delta du fleuve Rouge.

Beaucoup de ceux qui souhaitaient s’évader déplorent qu’aucun renseignement n’ait filtré concernant les zones d’implantation des maquis du G.C.M.A. qui nous sont favorables. C’est vers l’ouest, direction vraisemblablement la moins surveillée, que les quatre évadés réussiront dans leur entreprise, mais au prix de combien de doutes, d’espoirs déçus, d’efforts surhumains en ne choisissant jamais la facilité. Tous quatre ont été à un moment ou l’autre placés sous mes ordres et je suis particuliärement fier de rédiger cette préface. Rilhac, maintenant seul survivant, nous livre un récit criant de vérité, sans forfanterie ni affectation, décrivant les difficultés qu’ils ont du surmonter, racontant les faits marquants qui ont jalonné la réussite de leur entreprise, payée de tant de souffrances et surtout de la mort de l’un d’eux, Sautereau, si près du but.

Le chef de bataillon Rilhac, commandeur de la Légion d’honneur remplit un devoir de mémoire vis-à-vis de ses compagnons et témoigne de la qualité de ces hommes, rescapés de la bataille et prenant tous les risques pour retrouver leur liberté. Ils sont l’honneur des combattants de Dien Bien Phu et méritent notre admiration et notre reconnaissance.

Général Le Boudec Commandant la 6 ème C.I.P. du 6 ème B.P.C. à Dien Bien Phu

AVANT PROPOS

En aout 1954, pendant mon congé de fin de campagne de 90 jours, de temps à autre, il m’arrivait de griffonner dans un cahier d’écolier, quelques phrases sur mon évasion. C’étaient des faits marquants, gravés dans ma mémoire, des moments forts, douloureux où la souffrance se mélait à la faim et à la fatigue. Dien Bien Phu, c’éait il y a 54 ans. Il est temps de raconter notre évasion. Aprés la chute du camp retranché le 7 mai 1954, évadés de la colonne de prisonniers le 13 mai 1954, en fin de journée, mes trois camarades et moi avons vécu des moments de souffrance qui ne peuvent être oubliés ... J’ai estimé, à vol d’oiseau avoir crapahuté 160 kilomètres, ce qui fait facilement le double sur les zones que nous avons parcourues. Crapahuter durant 46 jours dans la brousse, en milieu hostile, des journÇes entiÄres sans voir le ciel ! L’orientation avec une boussole ? Pas Çvident quand on domine une vallée ... La contourner pour éviter une mauvaise rencontre ? La vallée pouvait átre occupée par les Viéts. De plus, nous étions méfiants envers la population thaie… Que d’heures de marche ! Pourquoi relater seulement aujourd’hui notre évasion ? Je me dois de révéler aux proches de mes compagnons disparus la réalité sur les 46 jours de marche à travers la brousse en milieu hostile. J’ai tellement été déçu par les rÇcits auxquels celle-ci a pu donner lieu ici et lÅ que j’ai tenu, Çtant aujourd’hui le dernier survivant de cette odyssÇe, Å rÇtablir les faits en souvenir de mes frÄres d’armes : - Le sergent-chef Jacques Sautereau dÅcÅdÅ en cours d’Åvasion d’un accäs de paludisme pernicieux le 12 juin 1954, Ñ deux jours Ñ peine de marche d’un Groupement de Commandos Mixtes aÅroportÅs, - le sergent-chef RenÅ Sentenac, blessé mortellement au combat Ñ Timimoun en Algérie le 21 novembre 1957, - Le sergent-chef Michel Skrodzki, décédé le 27 juin 1983 des suites d’une longue maladie. De bonne source du ministére de la défense le 7 juin 1954, le Viát Minh fit 11.048 prisonniers, une cinquantaine réussit à s’évader mais pour beaucoup l’aventure se termina par un échec

LA CAPTIVITE

1954, en fin d’aprÄs-midi depuis le P.C., Bigeard fait parvenir, le message suivant : Ä Cessez-le-feu Å 17 heures 30 - Ne tirez plus - Pas de drapeaux blancs - A tout Å l’heure - Pauvre 6 - Pauvres paras – Bruno* Ñ C’Çtaient les ordres et l’attente commenäa avec la trouille aux tripes : la peur d’une grenade lancÇe par les Viáts dans les blockhaus avant d’en faire l’inventaire. Cette apprÇhension nous tenait... Quelle rÇaction allaient-ils avoir ? Et ce calme… I1 y avait bien longtemps que nous n’avions pas vÇcu un tel silence ! Pas de bruit d’arme automatique, pas d’explosion, un calme inquiÇtant máme... Mais cela se passa sans dÇgãts. Les Viáts nous firent sortir de nos retranchements, les mains sur la táte. Nous voici regroupÇs, paras et non paras, puis dirigÇs vers la Route Provinciale (R.P.41). Nous Çtions prisonniers... Dián Bián Phu Çtait tombÇ... Nous marchions sans vraiment nous poser de questions. Nous Çtions soulagÇs de la fin des combats et inquiets Å la fois. Inquiets des jours Å venir, des mois, des annÇes peut-átre...

Dans la colonne, je retrouvais un de mes chefs de groupe, le sergent Merlet dit å Loulou ç, un bordelais que j’avais connu en Bretagne au camp de Meucon. La colonne s`Çtirait sur la R.P. 41. Le moral n’Çtait pas au plus bas, loin de lÅ. J’Çtais vivant, pas de blessure et relativement en bonne condition physique, mais l’amertume d’átre lÅ, dans ces conditions. Chez Bigeard, nous n’Çtions pas habituÇs Å capituler. J’avais conservÇ ma boussole ainsi que mon couteau commando Å plusieurs lames que j’ai encore. Je les avais glissÇs dans la patte d’entrejambe de ma veste de combat. Pourquoi ? Je ne sais pas... Je ne sais plus. Peut-átre avais-je dÇjÅ l’intention de fausser compagnie Å mes bo-doà ? (soldats vietminh). Je ne saurais le dire. Notre premiÄre nuit de captivitÇ, nous l’avons vÇcue en bordure de la R.P. 41. Inutile de dÇcrire le froid, la fatigue que nous avions endurÇs durant les combats et qui se faisaient sentir Å prÇsent... Nous avons dormi en chien de fusil serrÇs les uns contre les autres pour nous rÇchauffer. Cette nuit-lÅ, nous l’avons tout de máme apprÇciÇe. Le matin, au lever du jour, nous avons repris notre marche, encadrÇs par les Viáts qui voulaient accÇlÇrer la marche, mais en vain. Nous avions beaucoup de blessÇs parmi nous, la colonne s’Çtirait lentement. Sur cette R.P. 41 une fouille sommaire fut organisÇe par les Viáts. Un par un, il nous fallut passer dans un couloir formÇ par nos gardiens et remettre ce que nous avions comme objet militaire ou sanitaire. Je pensais Å ma boussole et Å mon couteau, mais, pour moi, la fouille fut superficielle : arrivÇ Å leur hauteur, je leur remis de bonne grãce mes deux paquets de pansements individuels. AprÄs avoir reäu quelques tapes sur mes poches, je quittais le contréle avec un soulagement indescriptible. Mai 1954 àET LA LONGUE MARCHE COMMENâA… ã Au cours de cette longue et pÇnible marche, arrivÇe au bord d’un arroyo (riviäre Ñ fort courant). Une pause nous fut accordÇe. Un de nos gardiens, gradÇ je pense, est venu nous voir et nous a fait comprendre que nous Çtions sales, qu’il fallait se laver. C’Çtait Çvident… L’un de nous commenäa Å faire sa toilette. Faire sa toilette...c’Çtait beaucoup dire. Il avait de l’eau jusqu’aux mollets ! Un des gardiens l’obligea Å aller plus loin. Le pauvre ! Il ne tenait presque pas sur ses jambes, car il Çtait trÄs mal en point. Il avanäa vers le milieu de la riviÄre. Le bo-doà, le menaäant de son arme, lui fit comprendre d’avancer encore. Quand l’eau lui arriva Å la ceinture, nous l’avons vu basculer et átre entraènÇ par le courant sous le regard sadique de quelques gardes. TrÄs vite, il disparut, emportÇ par le courant sous nos regards presque indiffÇrents.

 

Une autre fois, je fus menacÇ par un prisonnier. J’avais rÇussi Å resquiller une boule de riz Å un Viát. Il me menaäa de le dire Å l’un de nos gardes, j’Çtais fou de rage. Dans une telle circonstance, j’ai appris qu’il fallait se mÇfier, car pour avoir un petit privilÄge ou espÇrer en obtenir un, certains Çtaient capables du pire. Je me souviens de lui avoir dit : å Si tu fais åa, je te tue. É. J’ai dÑ átre persuasif, car il est parti vers un autre groupe et je ne l’ai jamais revu. Les Viáts avaient formÇ des groupes de 12 ou 14 prisonniers. Comme chef de groupe, ils dÇsignÄrent l’un des nétres pris au hasard. Ce responsable devait contréler les effectifs Å chaque halte et signaler toute anomalie. En fait, ce chef de groupe Çtait punissable si l’on manquait Å l’appel. DÇcision peu efficace... AprÄs quelques jours de marche, nous sommes arrivÇs un soir dans un camp de passage situÇ au fond d’un thalweg. Quelques cahutes en bordure d’un arroyo nous ont permis de passer la nuit Å l’abri. A cette pÇriode de l’annÇe, il pleut beaucoup, c’est la mousson. Au petit matin, nous avons eu la possibilitÇ de faire un petit brin de toilette Å l’arroyo. Oh, Çvidemment, pas de rasage, faute de rasoir. Mais simplement se mouiller le visage, se dÇgourdir les pieds dans l’eau, ce å brin de toilette ç nous redonna un peu de tonus mais trÄs vite nos gardiens nous firent rejoindre nos cahutes. Pour la premiÄre fois, on nous distribua une boule de riz et un morceau de viande dure comme de la semelle. Quelques instants plus tard, un de nos gardiens nous fit sortir pour nous regrouper avec d’autres prisonniers devant une case sur pilotis. Nous avons ÇtÇ contraints de nous asseoir Å máme le sol. Et ce fut l’attente. Que pouvait-il bien nous arriver ? Au bout d’un moment, un Viát est venu. Il prit place sur la petite plate-forme de la case et nous dit bonjour en franäais. ImmÇdiatement nous avons compris que nous Çtions en prÇsence d’un can-bé (Commissaire politique en vietnamien). Toujours dans un franäais remarquable, il nous dit Å peu prÄs ceci : Ä Vous Ötes prisonniers de l’ArmÅe Populaire, vous serez bien traitÅs. Vous allez bientét partir dans un camp oâ vous serez bien nourris et bien soignÅs. Vos chefs sont responsables de votre situation, ils vous ont menÅs Ñ la dÅfaite. Vous ne pouvez gagner cette guerre. L’ArmÅe Populaire se bat pour sa libertÅ et vaincre le capitalisme É. C’est avec ces quelques mots que dÇbuta le lavage de cerveau. Le commissaire politique nous demanda ensuite de chanter, de prendre exemple sur les LÇgionnaires qui effectivement chantaient souvent de leur propre initiative. Avec nous, le can-bé n’eut pas beaucoup de succÄs. Nous Çtions málÇs Å d’autres unitÇs et il Çtait plutét difficile de s’accorder. De plus, il faut avouer que nous n’avions pas du tout envie de chanter. PRISONNIER FILMÜS PAR LE CINÜASTE SOVIÜTIQUE KARMEN Au dÇpart de Dián Bián Phu, les can-bé, avaient formÇ plusieurs colonnes. La notre Çtait composÇe de paras et de non paras, de sous-officiers et de soldats. D’autres colonnes comprenaient des officiers, des Africains, des Nord-Africains, des Vietnamiens et des LÇgionnaires Nous avons rencontrÇ ces derniers au cours de la marche. Ils Çtaient arrátÇs en bordure d’une piste et chantaient dans un ensemble parfait. Nous avons alors dÇcidÇ de chanter une vague chanson de marche. Pas trÄs satisfait de cette chanson, le can-bé nous menaäa : Ä Pas de chant, pas de riz ... É Et nous voici partis Å rechanter, quelques voix par-ci, par-lÅ, dans un ensemble presque parfait. AprÄs quelques hÇsitations, au bout de quelques minutes, des voix se levÄrent avec cette admirable chanson å A la Salope... É. Mais, trÄs vite, le can-bé aidÇ de ses gardes nous ordonna le silence. Le calme revint. Un peu la trouille tout de máme, mais pas de rÇaction. Le can-bé se retira. Quelques instants plus tard, les gardes passent parmi nous avec des feuilles de cahier d’Çcolier. Ils en distribuent une Å chacun. Nous voici donc avec une feuille Å la main. Le can-bé arrive de nouveau. Les gardiens passent parmi nous avec des stylos bille et nous donnent l’ordre de signer. A tour de réle, nous avons signÇ mais quelle signature ! Curieusement, nous avions de dréles de noms, enfin, tout du moins, ceux qui Çtaient proches de moi. Les autres, je ne sais pas. AprÄs le ramassage des feuilles, nos gardes nous ont fait rejoindre nos cahutes faites de branchages et feuillages. Sergent Maurice Rilhac (Ñ droite). Un matin, je fus dÇsignÇ pour effectuer une corvÇe de riz. Mon ami Merlet et quelques autres faisaient Çgalement partie de la corvÇe. Les Viáts ont remis Å chacun de nous un balancier et deux paniers pour le transport du riz. Et, nous voici partis, escortÇs de trois ou quatre gardes. AprÄs avoir marchÇ toute la journÇe, nous sommes parvenus Å un village thaà, en bordure d’une grande riziÄre, fatiguÇs, l’estomac vide, trempÇs comme une soupe. Par contre, nos gardes Çtaient bien protÇgÇs de la pluie avec une toile en forme de poncho et leur casque en latanier. Ils nous ont conduits vers un entrepét oÜ une Çnorme quantitÇ de riz Çtait stockÇe. AprÄs avoir rempli les sacs de riz et reäu d’un Thaà de l’eau dÇgueulasse que nous avons cependant apprÇciÇe, le responsable de l’escorte voulait reprendre le chemin du retour. Nous avions marchÇ toute la journÇe, et aucune envie de reprendre la piste de nuit. Le responsable ne voulait rien savoir, mais un des nétres lui suggÇra de nous faire dormir au village et de repartir le lendemain matin. Le palabre dura un certain temps, puis il rÇussi Å convaincre le chef d’escorte de rester au village pour la nuit. Nous Çtions tous heureux de ne pas affronter la piste de nuit avec nos balanciers. On nous affecta une case sur pilotis avec interdiction d’en sortir. La nuit Çtait venue et nous nous sommes installÇs pour passer une nuit au sec mais rien dans l’estomac. Dans la nuit j’Çprouvais un besoin pressant, j’avais plus ou moins la diarrhÇe. Il fallait bien que je sorte de lÅ pour satisfaire cette envie. Mais, comme il Çtait interdit de sortir, je serrais les fesses. La pression se fit telle qu’Å un moment donnÇ je me prÇcipitais trÄs vite vers la porte, en faisant le moins de bruit possible. Je m’installais dans la case aux cochons. Soulagement et peur Å la fois, car recevoir une bastos (balle d’arme Ñ feu) en posant culotte aurait ÇtÇ une dréle de fin ... Les cochons en profitÄrent pour prendre un repas inattendu. Tout juste s’ils ne m’ont pas lÇchÇ le derriÄre, quoiqu’ils m’auraient rendu service, car je n’avais máme pas de papier. Un morceau de chiffon fit l’affaire. Je remontais dans la case, pas tranquille, la sentinelle aurait trÄs bien pu me tirer dessus. II faut croire que tout ce petit monde dormait puisqu’il n’y eut pas d’incident. Le reste de la nuit s’acheva dans le calme.

Aussitét le lever du jour, dÇpart avec notre chargement de riz. Quelle rigolade, au dÇbut tout au moins ! TrÄs vite, nous sommes aperäus qu’il n’Çtait pas simple de transporter le riz de cette faäon. Nous avions une large riziÄre Å traverser, et avec la pluie, les diguettes Çtaient devenues glissantes. Plus d’une fois, avec d’innombrables jurons, nous nous sommes retrouvÇs le derriÄre dans la riziÄre. Heureusement que le riz Çtait dans des sacs. Sans compter la colÄre de nos gardiens qui pensaient que l’on mettait de la mauvaise volontÇ. Mon ami Merlet marchait devant moi sur la diguette dÇtrempÇe et il jurait. Plus il jurait, plus il glissait. Il Çtait pieds nus, car il avait quittÇ ses bottes de saut Å cause d’une verrue plantaire qui le faisait souffrir. A chaque pas, c’Çtait des jurons bien souvent destinÇs Å nos gardiens. Hors de lui, il avait du mal Å se contréler. Marcher avec un balancier bien chargÇ n’est pasaisÇe ! Je demandais Å Merlet de faire attention Å ses propos. On ne pouvait connaitre la rÇaction de nos anges-gardiens certes, ils ne comprenaient pas le franäais mais prudence quand máme ... Les uns et les autres nous avons pris l’initiative : se mettre Å deux pour porter les paniers, un balancier sur chaque Çpaule et les paniers au centre. Cette mÇthode nous permettait de mieux marcher. Nous sommes arrivÇs ainsi au camp tard dans la nuit oÜ une boule de riz nous attendait avec un morceau de buffle, toujours aussi dur, immangeable. AprÄs ce maigre repas, nous nous sommes effondrÇs sous nos cahutes. Nous Çtions extÇnuÇs.

En captivitÇ, on se pose beaucoup de questions. Nous Çtions prisonniers, mais pour combien de temps ? J’Çtais Å peu prÄs en bonne condition physique, capable de marcher, et de lÅ germa une idÇe d’Çvasion, comme äa dans ma táte. Sentenac, Skrodzki et moi-máme en avons parlÇ. Skrodzki avait l’avant-bras dans le plãtre ; le bras gauche ou le droit, je ne m’en souviens plus. Le soir, nous Çtions couchÇs les uns Å cétÇ des autres et nous parlions avant de sombrer dans le sommeil, nous parlions d’une Çventuelle Çvasion. Quand ? Comment ? La nourriture ? La direction Å suivre ? Nous Çtions en pleine brousse et non dans la forát de Fontainebleau. Un m de prÇparation Çtait indispensable. Et Skrodzki avec son bras dans le plãtre n’enchantait pas Sentenac. Il ne voulait pas de lui, prÇfÇrant faire cavalier seul. Pourtant, Skrodzki trÄs tenace, et qui ne voulait pas moisir dans un camp Viát, rÇussit Å le convaincre. Cette volontÇ de s’Çvader Çtait devenue une idÇe fixe et la dÇcision fut prise. Restait Å prÇvoir le moment et avoir du ravitaillement. Il nous fallait du riz, donc, trouver le moment oÜ l’on pourrait s’en procurer. Quant Å la direction Å prendre ? Il fallait faire le point. Le sous-lieutenant Herraud ayant eu vent de notre projet nous avait dit : Ä Si vous voulez vous Åvader, suivez un cours d’eau et descendez-le. ç Nous Çtions bien conscients que ce n’Çtait pas une marche de 48 heures. Il y avait beaucoup de difficultÇs et d’imprÇvus. Je mis mes camarades au courant de la boussole que j’avais gardÇe. Ce soir-lÅ, nous nous sommes endormis en rávant Å notre Çvasion ...

Le matin, sur ordre des Viáts, des camarades nous ont apportÇ du riz, seul repas de la journÇe. Parmi eux, Sautereau que j’avais bien connu lors d’un premier sÇjour en Haute RÇgion avec le capitaine Bigeard. Venant me trouver, il me demanda s’il Çtait vrai que j’avais l’intention de m’Çvader avec d’autres camarades. D’abord, je fus trÄs surpris d’apprendre qu’il Çtait au courant de nos projets. Pourquoi lui ? Pourquoi pas d ’ autres aussi ? Ce n’Çtait pas bon signe. Sur une rÇponse affirmative de ma part, il me dÇclara : Ä Je suis des vétres. Es-tu d’accord ? É Pour mo i, il n’y ava it a u c u n problÄme. Un de plus, ce n’Çtait pas gánant. Sautereau Çtait en assez bonne condition physique, et connu comme bon crapahuteur. Je lui ai donc parlÇ de nos projets d’Çvasion, de nos soucis de nourriture et autres dÇtails importants. En fin de matinÇe, nous nous sommes retrouvÇs tous les quatre sous la cahute, et la prÇparation de la belle commenäa. Pas de difficultÇ de la part de Sentenac pour accepter Sautereau parmi nous. PremiÄre chose, trouver du riz par tous les moyens, si possible du poisson sÇchÇ. Sautereau se proposa d’átre notre å cuisinier ç. Il avait gardÇ son casque lourd, objet trÄs utile pour faire cuire le riz et son sac Å dos. Sentenac de son cétÇ avait rÇussi Å conserver son couteau commando Å lames multiples, trÄs utile Çgalement, et j’avais ma boussole modÄle 22 (que j’ai toujours) indispensable pour mener Å bien notre marche vers la libertÇ. D’un commun accord, nous avons dÇcidÇ de ne plus nous quitter et dÄs que l’occasion se prÇsenterait, de prendre la nourriture, de nous fondre dans la brousse, en marchant les deux premiers jours droit devant nous, plein nord, afin d’Çviter la cuvette de Dián Bián Phu. Comme nous ne connaissions pas exactement notre position, la prudence Çtait de rigueur. Trop de Viáts devaient circuler dans le secteur et, les villages nous Çtaient devenus plus ou moins favorables Å cause des reprÇsailles que les populations pouvaient subir. Nous avons dÇcidÇ de marcher au sommet de la montagne, le plus haut possible. Suivre les cours d’eau Çtait plus facile peut-átre, mais plus risquÇ, nous en Çtions conscients.

Ensuite, marcher vers l’Ouest en Çvitant les pistes et villages jusqu’Å la Nam-Ou, fleuve du Laos. De lÅ, mettre quelques bananiers Å l’eau et se laisser porter par le courant jusqu’Å un poste franäais dont nous connaissions l’existence en bordure du fleuve. Nous Çtions gonflÇs Å bloc avec la ferme intention de nous en sortir. Nous n’envisagions pas un seul instant d’Çchouer. La guerre pouvait durer encore longtemps, et, comme nous n’Çtions pas trop mal en point, mieux valait marcher vers la libertÇ que vers un camp Viát et y sÇjourner combien de temps encore, des annÇes peut-átre... Sautereau avait fait sauter le plãtre de Skrodzki sur sa demande, car celui-ci le gánait beaucoup. Sa blessure n’Çtait pas grave. Dans la plaie, on voyait un pus Çpais oÜ les asticots grouillaient, cela peut sauver une vie, paraèt-il. Il nous fallait aussi des rÇcipients pour le transport de l’eau, puisque nous avions dÇcidÇ de marcher au sommet des montagnes. Dans ces rÇgions, il n’existe aucun point d’eau Å ce niveau. Nous n’avions plus nos bidons, ce qui nous obligea Å couper des bambous femelles d’environ 60 centimÄtres, d’y faire un trou Å l’extrÇmitÇ d’un nœud pour y faire pÇnÇtrer l’eau. Le 11 mais, date que je ne peux oublier (car c’Çtait le jour de mes 27 ans), en fin de matinÇe, sur la R.P.41 une colonne de prisonniers passa devant nous. Ils se rendaient soi-disant Å une corvÇe de riz. Quelle aubaine ! Nous en avons profitÇ pour nous faufiler dans la colonne, sans difficultÇ…

L’EVASION Le dÇpét de riz se trouvait dans un petit village thaà. A proximitÇ, dans une grotte Å plafond trÄs bas et sombre, de grands sacs en bambou tressÇ contenaient le riz. L’opÇration fut facile : une kÇ-bat (petit rÇcipient) pleine de riz dans nos poches et dans le sac Å dos de Sautereau, deux kÇ-bat dans le panier que nous avait donnÇ un bo-doà pour le transport, et nous sommes sortis deux par deux. Nous n’avions pas de nourriture pour un mois, mais peut-átre pour une semaine Å quatre, en se rationnant. AprÄs… nous comptions sur les MÇos. Nous voici de nouveau sur la piste carrossable, la R.P. 41. En fin de journÇe, Å notre droite des monticules, Å notre gauche un thalweg et beaucoup de vÇgÇtation. En outre, un garde Viát Å peu prÄs tous les 50 mÄtres, donc surveillance rÇduite. Ils savaient qu’une Çvasion dans cette rÇgion Çtait vouÇe Å l’Çchec Å 90%. Nous marchions en attendant le moment le plus opportun qui se produisit en fin de journÇe. La piste formait un coude en Çpingle Å cheveux : l’occasion Çtait trop belle. A mes cétÇs, un autre prisonnier avait compris. Il me demanda de faire la belle avec nous. Le moment Çtait mal choisi pour discuter. MÇchamment, Sentenac refusa, nous Çtions tous de son avis, car c’Çtait un inconnu pour nous. Quelques annÇes plus tard, lors d’une rÇunion d’anciens paras, je fis connaissance d’un ancien du 6 Äme Bataillon de Parachutistes Coloniaux, le caporal RAGOUILLAUX. Une longue conversation s’ensuivit… sans rancune bien sÑr ! Depuis, ce Caporal-chef est devenu chef de Bataillon, Commandeur de la LÇgion d’Honneur…

Regards en arriÄre, regards en avant et, d’un máme Çlan, nous courons vers le thalweg aprÄs avoir fait quelques pas de course. Nous voici tous les quatre Å plat ventre, au milieu de la vÇgÇtation, Å 10 mÄtres environ de la piste carrossable, le cœur battant, le nez clouÇ au sol, le souffle court, figÇs sur place Å attendre le passage des derniers de la colonne pour filer. Le temps nous paraissait terriblement long. Au bout de quelques instants qui nous parurent interminables, le silence... le silence total... Je me hasardais Å lever un peu la táte, plus personne sur la route. Nous avons attendu encore quelques minutes et, trÄs vite Å travers la brousse, nous avons dÇvalÇ vers la libertÇ en bousculant tout sur notre passage. EssoufflÇs, nous sommes arrivÇs au fond du talweg. Le souffle court, nous Çcoutions. Calme total. Nous venions de rÇussir la premiÄre Çtape. Comme convenu, nous avons grimpÇ sur l’autre versant devant nous, toujours plein Nord. Il Çtait dÇcidÇ qu’Å tour de réle, on porterait le sac de ravitaillement, et que chaque jour, chacun d’entre nous prendrait la táte de la colonne, sauf Skrodzki qui risquait d’avoir des problÄmes avec son bras.

Ce premier jour de libertÇ, je pris la táte de notre petit groupe. AprÄs bien des efforts pour arriver au sommet, la progression fut pÇnible. Il fallait faire vite. Nous voulions nous Çloigner le plus possible de la piste carrossable. Par endroit, la montÇe Çtait tellement abrupte et sur un terrain dÇtrempÇ que je m’accrochais Å tout ce que je trouvais. Je montais de deux pas, je descendais d’un, je jurais comme un charretier. Et Sentenac derriÄre : å Allez, avancez, bon dieu, on va se faire piquer si nous n’allons pas plus vite ! É Skrodzki qui devait souffrir le martyre avec son bras ne pipait mot. Le plus gueulard Çtait Sentenac. AprÄs bien des efforts, nous arrivãmes au sommet Å la tombÇe de la nuit. Si nous avions ÇtÇ des touristes, nous aurions certainement apprÇciÇ le panorama. La vue sur la petite vallÇe Çtait magnifique. Nous avons suivi la cráte militaire, je ne voulais pas prendre de risque surtout sur une cráte dÇnudÇe.

A un moment : une piste qui devait átre assez frÇquentÇe d’aprÄs les traces de pas au sol. Je la suivis sur 200 ou 300 mÄtres, mais, pas du tout tranquille. TrÄs vite, nous l’avons quittÇe. Nous nous sommes enfoncÇs dans la brousse en nous efforäant de marcher plein Ouest. Il n’Çtait plus question de prendre la direction Nord. Il nous aurait fallu descendre vers la vallÇe, c’Çtait trop risquÇ. Quand nous avons jugÇ átre assez ÇloignÇs de la piste, nous avons dÇcidÇ de passer notre premiÄre journÇe de libertÇ Å cet endroit. La nuit Çtait lÅ, nous Çtions satisfaits de nous reposer aprÄs de tels efforts et une aussi grande tension nerveuse. AprÄs avoir mangÇ le reste de la boule de riz que nous avions gardÇ de notre dernier repas de captifs, nous nous sommes couchÇs tous les quatre sur un sol humide, les uns contre les autres, sans prÇvoir de garde. Il Çtait peu probable d’átre dÇrangÇs hors piste et nous Çtions tellement fatiguÇs que cela n’aurait pas servi Å grand chose. Le lendemain, trÄs tét, Sentenac me rÇveilla. J’avais trÄs froid, et, Å la táte de mes camarades, je voyais bien qu’ils Çprouvaient la máme sensation. Sentenac avait raison, il ne fallait pas moisir. Il prit la táte de la colonne, en crapahutant vers l’Ouest, dans la mesure du possible. Notre but : le fleuve Nam Ou et toujours le plus haut possible. Pas question de descendre dans la vallÇe, nous Çtions tous conscients du danger. Bien sÑr, c’Çtait la facilitÇ, la nourriture dans les villages, de l’eau, mais nous Çtions persuadÇs qu’au bout de quelques jours, nous aurions ÇtÇ repris. On trouvait une piste, on la suivait sur 200 mÄtres environ, puis de nouveau crapahut dans la vÇgÇtation. Progression lente et fatigante avec des arráts frÇquents A une halte, alors que nous avions bien marchÇ et besoin de repos, Sautereau proposa de faire cuire du riz. L’endroit Çtait propice pour une telle action, Nous Çtions tous heureux de pouvoir faire une longue pause. Sautereau fit un foyer avec de grosses pierres, et quatre branches enfoncÇes Å la verticale dans le sol Å proximitÇ du foyer. Un treillage de feuilles et de feuillages au dessus du foyer pour Çviter que la fumÇe nous fasse repÇrer. Notre camarade Sautereau Çtait douÇ. Quant Å nous trois, nous allions chercher du bois pour entretenir le feu. Nous avions donnÇ un peu d’eau Å Sautereau qui, grãce Å son casque lourd, pouvait prÇparer la tambouille. AprÄs avoir mangÇ un peu de riz - il fallait absolument se rationner- nous n’Çtions pas au bout de nos peines, il restait Å s’installer pour la nuit. Au petit matin, nous avons repris notre progression en direction du Laos et du fleuve. Nous devions descendre prudemment dans la vallÇe pour renouveler notre rÇserve d’eau, nos bambous Çtaient vides. Nous avons fait le plein d’eau dans un arroyo et trÄs vite rejoint le sommet. Le trajet s’effectua sans mauvaise rencontre, pas de Thaà ni de MÇo. Dans la nuit, nous Çtions Å nouveau au sommet.

Toute la nuit, nous avons empruntÇ une piste. Le ciel Çtait dÇgagÇ, la marche facilitÇe par une pleine lune. Mais, toujours aux aguets, pas tellement tranquilles. Quelques arráts pour Çcouter... toujours le silence... Peur de se retrouver nez Å nez avec les Viáts ou un campement provisoire. MalgrÇ l ’ apprÇhension, la fatigue et une sous-alimentation, nous avons marchÇ d’un bon pas jusqu’au matin. Nous avons quittÇ piste pour prendre du repos et finir notre riz. AprÄs un bon moment, dÇpart Å nouveau Å travers la brousse. Skrodzki souffrait beaucoup de son bras. Quand je lui demandais : Ä Est-ce que åa va ? É il nous rÇpondait : å Oui, êa va, ne vous occupez pas de moi, avancez ! É, sur un ton assez agressif.

Quant Å moi, je souffrais depuis quelques jours de la main droite, Å la premiÄre phalange du majeur. Je faisais un panaris, dÑ Å une piqÑre, je pense. Mon doigt Çtait enflÇ, plein de pus. Sentenac me fit un pansement avec un morceau de chiffon pris dans la doublure d’une poche. Que faire d’autre ? De temps en temps, Sautereau chauffait un peu d’eau dans son casque, et je nettoyais mon doigt tant bien que mal. Nous Çvitions de faire trop souvent du feu, il fallait Çconomiser les allumettes, d’autant plus qu’il Çtait bien rare d’allumer le feu du premier coup. De nouveau, nous avons trouvÇ une piste. La fatigue se faisait sentir et l’estomac bien vide ce qui n’amÇliorait pas nos caractÄres. Sentenac et moi commencions Å nous accrocher verbalement pour des bagatelles. La fatigue, le manque de sommeil Çtaient lÅ. Nous avons dÇcidÇ de suivre cette piste, nous n’avions plus rien Å manger, il fallait trouver un village mÇo pour se nourrir.

Au bout de quelques jours, nous sommes arrivÇs en vue d’un village. Bien avant d’y arriver : seulement quelques paillotes. Les MÇos nous regardaient avec de grands yeux. On ne devait certainement pas átre beaux Å voir. Nous voici bientét dans le village, la trouille aux tripes. Marchant avec prÇcaution, práts Å fondre dans la brousse Å la moindre alerte. Dans ce genre de situation, on est loin d’átre Å l’aise. La faim nous poussait Å prendre des risques. ArrivÇs Å peu prÄs au centre du village, nous nous sommes arrátÇs et avons demandÇ au MÇo le plus proche Å manger avec des gestes simples et significatifs. Un MÇo est venu vers nous et d’un signe de la main nous a demandÇ de le suivre jusque dans une paillote. Nous faisions toujours des signes pour faire comprendre que nous voulions manger et nous avons ÇtÇ entendus. Au bout de quelques instants, une femme est venue nous offrir quatre boules de riz noir que nous n’avons pas tardÇ Å engloutir. Mais nous n’Çtions pas tranquilles et avions hãte de quitter le village. Pourtant, nous sommes restÇs quelques heures. En plus du panaris Å la main droite, j’avais un anthrax Å l’omoplate droite. Il me faisait souffrir celui-lÅ, nom d’un chien. Sentenac, Å chaque pause, le nettoyait. Il appuyait dessus Å me faire gueuler et le dÇsinfectait avec un peu de choum (alcool de riz) que nous avions eu au village. Et, nous sommes repartis de nouveau. Je ne pouvais plus supporter le sac Å dos, l’anthrax me faisait trop souffrir.

Seuls Sautereau et Sentenac portaient le sac tandis que Skrodzki ne pouvait plus se servir de son bras. Il avait un courage et une volontÇ extraordinaires. On ne l’entendait plus. Valait mieux ne pas lui demander si cela allait. Il nous envoyait sur les rose et violemment. Quant Å Sautereau, il avait un carnet de poche qu’il mettait Å jour de temps en temps, et qu’il rangeait soigneusement dans une pochette de plastique avec diffÇrents objets personnels. Un jour, nous avons commis l’imprudence de descendre dans la vallÇe, poussÇs par la faim et la facilitÇ de pÇnÇtrer dans un village thaà. ArrivÇs aux abords du village qui Çtait assez important, Å proximitÇ des premiÄres paillotes, nous avons aperäu deux Viáts. TrÄs vite, sans aucune parole, nous avons compris et trouvÇ les forces pour fuir Å travers la brousse, la trouille aux fesses. Je crois que ce jour-lÅ, nous avons battu un record de vitesse. Et nous voici repartis Å travers la brousse jusqu’Å la nuit, en Çvitant les pistes. Une autre fois, nous marchions sur une piste en bordure d’une vallÇe. Depuis quelques jours, il nous arrivait d’emprunter une piste pendant quelque temps et reprendre Å nouveau Å travers la brousse. Et puis un jour que nous Çtions sur la piste, nous avons entendu des appels et máme des cris, des appels en franäais, sur notre gauche, cétÇ montagne. D’abord ÇtonnÇs, en alerte, práts Å s’enfoncer Å nouveau dans la brousse, nous voyons deux hommes courir, dÇvaler la pente en poussant des cris, gesticulant les bras. Ä Nous sommes franåais, nous sommes franåais É. Au fur et Å mesure de leur approche, deux blancs en treillis kaki dÇvalant la pente jusqu’Å nous. Ä Qui Ötes-vous, d’oâ venez-vous ? etc. É C’Çtait deux soldats de Dián Bián Phu, deux appelÇs ÇvadÇs qui erraient dans la brousse, complÄtement paumÇs. LÅ, la mÇmoire me fait dÇfaut je ne me souviens plus de leurs noms, ni de leur unitÇ. Ce que je sais, c’est qu’ils n’Çtaient pas paras. Nous leur avons proposÇ de venir avec nous. Le soir má me , avec les nouveaux venus, nous nous sommes arrátÇs dans un petit village. Le fait de venir dans un village thaà Çtait dÇjÅ une imprudence. Pourtant, nous avons ÇtÇ bien reäus. Mais les gens n’Çtaient pas tranquilles, on s’en rendait compte. Sautereau avait cru comprendre que les Viáts passaient souvent dans le village. Il ne fallait pas moisir ici. Un Thaà pouvait trÄs bien partir prÇvenir les Viáts. Les villageois nous ont offert du riz et un morceau de poulet, quel festin ! Il y avait bien longtemps que nous n’en avions pas mangÇ. Mais pour obtenir ce repas, il a fallu que Sautereau fasse des palabres Å n’en plus finir. Nous avons dÇcidÇ de partir assez vite, le secteur nous paraissait malsain et les Thaàs pas trÄs tranquilles. Nous sommes partis avant la nuit en dÇsaccord total avec nos deux appelÇs qui voulaient passer la nuit au village se disant fatiguÇs, avoir mal aux pieds. Nous aussi, nous serions bien restÇs pour la nuit, bien Å l’abri, au chaud et avec peut-átre une autre boule de riz. Mais, il ne fallait pas cÇder Å la tentation. MalgrÇ notre insistance, nous n’avons pu les convaincre. C’est de cette faäon que nous nous sommes sÇparÇs aprÄs une journÇe passÇe ensemble. A notre retour Å Hanoà, nous avons signalÇ cette rencontre aux officiers du G.C.M.A. Nous n’avons jamais plus entendu parler de ces deux appelÇs. Un autre jour, aprÄs átre descendus jusqu’en bordure d’un cours d’eau d’une dizaine de mÄtres de large pour faire le plein de nos bambous et nous rafraèchir, nous dÇcidons de suivre ce cours d’eau pendant un certain temps avec de l’eau jusqu’aux mollets. Ce jour-lÅ, j’Çtais de nouveau en táte et nous marchions dans le lit de la riviÄre avec de chaque cétÇ une vÇgÇtation abondante. Mon dos me faisait souffrir avec cet anthrax qui n’en finissait pas. Cela puait la vermine, j’avais du pus plein le dos. Et mon doigt qui me lanäait ! Les nuits Çtaient pÇnibles, intenables. Quand je trouvais un peu de sommeil, je rávais. Je me voyais entrer dans une pãtisserie, acheter une quantitÇ invraisemblable d’Çclairs au chocolat, dix, douze peut-átre. Je montais dans ma voiture et m’arrátais en pleine campagne pour les savourer ! Nous Çtions donc dans le lit de la riviÄre depuis une heure ou deux peut-átre quand tout Å coup Å 200 mÄtres devant nous... les Viáts. Je n’ai pas dÑ parler trop fort, ils semblaient n’avoir rien entendu. Nous voici tous les quatre, plongeant dans la brousse, Å plat ventre Å 10 mÄtres de la riviÄre, le nez enfoncÇ dans le sol, le souffle court. TrÄs vite, un premier Viát arriva Å notre hauteur, je me hasardais Å le regarder, le trouillomÄtre Å zÇro. Le Viát Çtait lÅ, regardant Å droite et Å gauche. Aussitét derriÄre, deux autres suivis d’un europÇen, assez grand, mains attachÇes derriÄre le dos qui marchait la táte basse. DerriÄre lui, un Viát, pistolet-mitrailleur Å la hanche. AprÄs le passage de ce petit dÇtachement, nous Çtions sur le point de nous relever quand un autre Viát arriva d’un pas pressÇ. Quelle trouille ! AprÄs son passage, nous avons attendu un petit moment avant de nous relever. Nous avons eu vraiment les chocottes... Nous avons dÇcidÇ alors de quitter rapidement le lit de la riviÄre pour foncer Å travers la brousse et monter toujours plus haut. ë notre premiÄre halte, nous avons ÇvoquÇ cette rencontre avec les Viáts, en nous disant que peut-átre nous aurions pu leur tomber dessus et libÇrer le prisonnier. Mais nous avions peu de chance de rÇussir. Tout d’abord, nous Çtions tous les quatre dÇjÅ faibles et dispersÇs dans la brousse. De ce fait, aucune coordination pour mener Å bien cette embuscade. Nous risquions de nous faire abattre les uns aprÄs les autres vu les distances entre chaque Viát, et le dernier qui Çtait ÇloignÇ du groupe ne nous aurait pas facilitÇ la tãche. TrÄs vite, sans aucun remords, nous avons repris notre progression Å travers la brousse jusqu’au sommet. De lÅ, nous avons pris la direction plein Ouest. Nous avons passÇ la nuit dans une paillote isolÇe et quelle nuit ! Une nuit accompagnÇe de moustiques qui nous dÇvoraient et qui a donnÇ lieu Å un nouvel accrochage avec Sentenac, car il voulait marcher jusqu’au milieu de la nuit. Je prÇfÇrais me mÇnager et la sous-alimentation se faisait sentir. Comme Skrodzki et Sautereau Çtaient de mon avis, nous nous sommes arrátÇs. Au petit matin, nous avons suivi l’arroyo. Eh oui, encore une fois ! Il fallait avancer et rejoindre le fleuve au plus vite. La meilleure faäon Çtait de suivre la piste ou le cours d’eau malgrÇ les risques que cela comportait. Au bout de quelques heures de marche, aprÄs le passage d’une boucle de l’arroyo, un pont. Un petit pont en bois et bambou qui permettait Å une piste carrossable de franchir le cours d’eau. La piste Pavie, dÇclara Sautereau. Effectivement, nous Çtions arrivÇs Å la piste qui menait Å Laà-Chau. A quelle distance Çtions-nous de Dián Bián Phu ? Aucune possibilitÇ de le savoir. Quoi qu’il en soit, il fallait redoubler de prudence. Nous allions traverser la piste, quand tout Å coup, Å un dÇtour de cette piste, nous avons vu arriver deux coolies (porteurs) poussant chacun une bicyclette chargÇe de sacs de riz. Surprise de part et d’autre, un temps d’arrát et observations de quelques secondes, et puis, je ne sais pourquoi moi, mais ce fut comme äa, je leur ai fait de grands signes de la main, avec des bonjours et un large sourire, tout en m’approchant d’eux, avec Sentenac. Je me souviens máme avoir serrÇ la main du premier coolie. A notre approche, le second coolie lãcha sa bicyclette et s’enfuit Å toute jambe en poussant des cris, des hurlements. A cet instant, j’ai attrapÇ le coolie qui Çtait Å ma portÇe, le ceinturant par derriÄre, une main sur la bouche pendant que Sentenac le frappait d’un coup de couteau au bas-ventre. J’ai lãchÇ le coolie qui s’est effondrÇ sur la piste, prÄs de sa bicyclette. J’avais ma main pleine de morve. Je pense que ce geste gratuit n’Çtait pas nÇcessaire, et pourtant ... l’un de nous a criÇ : Ä Barrons-nous, du monde arrive ! É Effectivement, beaucoup de bruit et des cris, le village ne devait pas átre loin. Certainement, les Viáts Çtaient lÅ. Nous Çtions conscients du danger. Nous voici de nouveau en cavale dans la brousse, il ne fallait pas se laisser prendre car, la mort pour nous Çtait certaine et dans quelles conditions ! AprÄs avoir tuÇ un coolie, notre compte Çtait bon. Au bout de quelques centaines de mÄtres, nous sommes arrátÇs dans notre course par un mouvement de terrain, une descente presque abrupte d’une dizaine de mÄtres et en bas, la Nam-Meuk, cours d’eau identifiÇ beaucoup plus tard. Nous ne pouvions rester lÅ, il fallait descendre, les Viáts Çtaient derriÄre nous. La descente vers la riviÄre fut rÇalisÇe en un temps record. On s’accrochait tantét aux branches, tantét aux racines, aux rochers, avec le trouillomÄtre Å zÇro. Nous nous retrouvions au bord de la Nam-Meuk, le dos contre la falaise. Nous avons regardÇ la riviÄre Å traverser. Elle devait faire Å peu prÄs 40 mÄtres de large, avec un fort courant. La dÇcision devait átre prise trÄs vite. Nous entendions au dessus de nos tátes, les Viáts qui nous cherchaient. Heureusement pour nous, l’endroit Çtait accidentÇ, avec beaucoup de vÇgÇtation, et äa gueulait de toute part. Comme je me dÇbrouille pas mal en natation, je dÇcidais de passer le premier. Je demandais Å mes camarades d’attendre, de me regarder traverser pour se rendre compte de la profondeur et des difficultÇs pour atteindre l’autre rive. Me voici parti, pas trÄs rassurÇ, je l’avoue. D’abord le courant, et les Viáts pouvaient me voir et me tirer comme un lapin. Me voici les pieds dans l’eau, j’avanäais lentement, l’eau aux mollets puis aux genoux, j’avanäais toujours, trÇbuchant sur les cailloux, les rochers. J’avais de l’eau Å hauteur des cuisses et j’avais encore une bonne moitiÇ Å parcourir pour arriver sur l’autre rive. L’eau m’arriva Å la taille et me voici dÇsÇquilibrÇ et emportÇ par le courant. Je nageais de toutes mes forces, je me voyais trÄs bien dÇriver et je nageais. Je mettais toute l’Çnergie qui me restait. Je ne pensais plus aux Viáts, mais Å la rive qui se rapprochait lentement. De temps en temps, j’allongeais une jambe pour sonder le fond. A un moment, je sentis les cailloux au bout de mes pieds. Je fis alors quelques mouvements et me mis debout. J’avais dÇrivÇ Å peu prÄs de 50 mÄtres, pas plus. J’avais de l’eau jusqu’Å hauteur des cuisses. J’Çtais Å quelques mÄtres d’une plage de galets, j’avais rÇussi. TrÄs vite, je me suis confondu avec la nature. Je n’entendais plus les Viáts, peut-átre nous cherchaient-ils plus loin ? J’ai fait de grands signes de la main Å mes camarades pour qu’ils me rejoignent. En partant d’un peu plus bas, il me semblait que la riviÄre Çtait moins profonde. CouchÇ, j’observais mes camarades. Sautereau, Skrodzki tout d’abord. Je les voyais commencer leur progression dans l’eau, exceptÇ Sentenac qui Çtait restÇ le dos collÇ Å la falaise. Je pensais qu’il devait supposer que deux hommes en pleine dÇcouverte suffisaient et qu’il attendait de les voir atteindre l’autre rive pour partir. Mes camarades semblaient avoir dÇrivÇ un peu moins que moi. A cet endroit, la riviÄre Çtait moins profonde. Il a fallu quand máme qu’ils nagent une centaine de mÄtres, Skrodzki n’a máme pas voulu que Sautereau l’aide. Il a traversÇ tout seul, quel cran ! Le s voici tous deux Å mes cétÇs ; Sentenac sur l’autre rive. Nous lui faisions de grands signes pour traverser. Nous l’avons vu commencer Å marcher dans la riviÄre, et puis, tout Å coup, plus de Sentenac. OÜ Çtait-il ? Rien. Pas de Sentenac en vue. Toujours couchÇs dans la vÇgÇtation, nous cherchions du regard notre camarade. Et puis, environ Å 100 mÄtres de nous, sur notre rive, nous apercevons notre Sentenac venant vers nous. De nouveau, nous entendions les Viáts qui nous cherchaient. TrÄs vite, nous avons repris Å travers la brousse sur un terrain oÜ la vÇgÇtation Çtait dense. Il fallait nous Çloigner du secteur au plus vite. Sans un mot, Å bout de souffle, nous avons franchi cette montÇe pour nous arráter prÄs du sommet avec l’intention d’y passer la nuit. AprÄs avoir repris notre respiration, je demandai Å Sentenac ce qui s’Çtait passÇ. Pour toute rÇponse, je me fis traiter de tous les noms, que nous Çtions des salauds, que nous l’avions laissÇ tomber, une belle engueulade, quoi. Cela a durÇ un bon moment. Nous avons fini par savoir qu’il ne savait pas ou peu nager. Et, au moment oÜ il avait senti qu’il perdait pied, il s’Çtait couchÇ et avait marchÇ Å quatre pattes au fond de la riviÄre, en s’accrochant aux rochers. Il nous fit la gueule jusqu’au matin ... Au cours d’une halte, il arrivait que Sautereau nous fasse un petit menu, en imagination bien sÑr. Tout y Çtait, sans oublier la bouteille. On se rÇgalait l’esprit, mais pas l’estomac, si bien que Sentenac, bien des fois, lui demandait de la boucler. A p r Ä s avoir marchÇ Å travers la brousse, sous une pluie battante, nous sommes arrivÇs sur un versant dominant une vallÇe. Sur notre droite, un peu plus bas, un mouvement de terrain en forme d’Çperon. Nous avons aperäu un poste avec des fortifications, sans drapeau. AprÄs un moment d’observation, nous nous sommes rendu compte que le poste avait ÇtÇ ÇvacuÇ. Nous avons dÇcidÇ de descendre et d’aller voir de plus prÄs. Reprise de notre marche. Sautereau criait : Ä Nous sommes au Laos, regardez lÑ-bas, des palmiers ! É Nous Çtions heureux. Redoublant de courage, nous avons repris notre marche. ArrivÇs au poste, nous avons fait le tour qui a ÇtÇ trÄs vite fait et constatÇ qu’il n’y avait rien d’intÇressant.

Nous avons repris notre marche en direction de l’Ouest, vers la Nam Ou. Un jour, nous nous sommes arrátÇs pour passer la nuit dans une petite case au bord d’un ray (culture sur brçlis, on brçle l’herbe pour prÅparer le sol Ñ la culture du riz). Nous Çtions arrivÇs depuis une heure environ, bien installÇs pour y passer la nuit, quand, brusquement, la porte s’ouvrit pour faire apparaètre un MÇo, les yeux grands ouverts, figÇ Å l’entrÇe de la porte, nous regardant avec un Çtonnement de surprise et de mÇfiance Å la fois. TrÄs vite, il reprit ses esprits et s’approcha de nous lÇgÄrement courbÇ et les mains jointes. AprÄs avoir regardÇ Å l’extÇrieur pour savoir s’il Çtait seul, rassurÇs, nous avons tentÇ, surtout Sautereau, de lui faire comprendre que nous voulions manger et dormir. Il nous a proposÇ de descendre au village. Pas trÄs chauds, nous Çtions sur le qui-vive. D’un commun accord, nous avons mis une petite tactique au point. Il n’Çtait pas question de descendre au village tous les quatre. Nous avons donc dÇcidÇ que l’un entre nous irait avec le MÇo voir comment les choses se prÇsentaient. Si le secteur Çtait calme, il prÇviendrait les trois autres de le rejoindre. Sautereau se proposa pour aller avec le MÇo, et de nous avertir si la voie Çtait libre. Il avait ÇtÇ convenu d’Çcrire sur une feuille de papier arrachÇe de son carnet de route : å Vous pouvez venir. SignÅ : Sautereau. É La voie Çtait libre. Ou bien : å vous pouvez venir R.A.S. É Dans ce cas, mettre les voiles. Le mot devait átre rapportÇ par le MÇo. Sautereau partit. Quant Å nous, nous nous sommes cachÇs Å proximitÇ de la case. Il Çtait plus prudent de bien voir les choses venir. Un bon moment aprÄs, dans une attente tendue, aux aguets, práts Å fondre dans la brousse, nous avons vu arriver notre MÇo qui nous remit le papier de Sautereau. (Ä Vous pouvez venir. Sautereau ç). Nous avons suivi le MÇo, pas trÄs tranquilles tout de máme. ArrivÇs au village nous avons retrouvÇ notre ami qui nous confirma qu’il n’y avait rien Å craindre. Les MÇos nous avaient prÇparÇ Å manger. AprÄs un repas de riz et poulet, nous avons passÇ la nuit. Au matin, le chef de village nous a fait comprendre qu’il ne faillait pas rester plus longtemps. Il nous proposa un guide pour nous rendre au village voisin, toujours dans la direction du fleuve et cette foisci, en empruntant la piste. De nouveau, crapahut. Nous sommes arrivÇs avec notre guide dans un village mÇo. Nous avons apprÇciÇ le peu de repos et surtout le riz. Le chef de village nous fit comprendre que dans une case, il y avait un soldat. ArrivÇs Å cette case, nous avons vu un soldat vietnamien, un dÇserteur peut-átre, en uniforme de chez nous, complÄtement dans le cirage en train de fumer l’opium, avachi sans pouvoir articuler un mot. Nous n’avons rien fait pour lui. Pendant cette halte, comme bien souvent, Sentenac regardait mon anthrax. Pourquoi lui, je ne sais pas. Et pourtant, cela n’allait pas toujours bien entre nous deux, il appuyait sur ce sacrÇ anthrax pour en sortir la vermine, le pus et si possible le germe. Ce jour-lÅ, aprÄs bien des efforts, il rÇussit Å l’extraire de ma chair meurtrie. AprÄs avoir nettoyÇ la plaie avec du choum et laissÇ la plaie Å l’air libre faute de pansement, je reprenais mes esprits. Quelle souffrance ! Quant Å mon panaris, j’en souffrais beaucoup moins. Nous sommes enfin arrivÇs dans un autre village mÇo, qui dominait la Nam-Ou. Il nous suffisait de descendre vers le fleuve Å quelques heures de marche, d’abattre quelques palmiers, les mettre Å l’eau et nous laisser transporter par le courant jusqu’au premier poste franäais de Muong Saà. A Muong Khoua, nous Çtions extÇnuÇs, trÄs faibles. Il s’en fallait de peu pour que l’on s’Çcroule, rester sur place, dormir, se laisser aller ; mettre un pied l’un devant l’autre demandait beaucoup d’efforts. Nous voulions rÇussir, rentrer chez nous, revoir les nétres, quitter ce putain de pays, ces pistes sans fin. Mais, trÄs vite, nous avons dÑ renoncer Å ce projet. Le MÇo nous avait fait comprendre que le long du fleuve, il y avait beaucoup de Viáts et que le poste franäais que nous avions l’intention de rejoindre avait ÇtÇ ÇvacuÇ. Les Viáts y Çtaient implantÇs. Douche froide, grande dÇception. Le moral au plus bas. AprÄs avoir mangÇ un peu de riz et gobÇ un œuf qu’un MÇo nous avait apportÇ, nous avons dÇcidÇ de passer la nuit au village pour prendre une dÇcision le lendemain. Prendre le risque par le fleuve ou de nouveau Å travers la brousse Å proximitÇ du fleuve ? Au matin, nous avons vu arriver deux MÇos, des partisans Hmong de la minoritÇ de la Haute RÇgion. Ils Çtaient vátus de treillis kaki, bien de chez nous. Nous n’avons máme pas pensÇ un seul instant qu’ils pouvaient átre des sympathisants des Viáts. Ils nous ont fait comprendre qu’ils pouvaient nous conduire dans un maquis oÜ se trouvait un europÇen, Å trois jours de marche. Un maquis ? Nous avons pensÇ au GCMA, peut-átre. Sentenac, increvable, dÇcida de partir avec un Hmong et de rejoindre ce maquis qui devait se trouver au nord, nord-est. Ce qui nous a fait beaucoup rÇflÇchir. Cette direction ne nous convenait pas. C’Çtait l’Çloignement. FatiguÇs, ÇcœurÇs, malades, nous dÇcidons, Skrodzki, Sautereau et moi-máme de rester encore au village, une journÇe et une nuit, afin de rÇcupÇrer et de partir le lendemain matin avec le second Hmong. Nous avons passÇ la journÇe au village, couchÇs la plupart du temps, dans une case auprÄs d’un feu. La nuit fut pÇnible, surtout pour moi. Plusieurs fois je dus me lever et aller aux toilettes sous la case. J’Çtais faible, trÄs faible, j’en avais marre et pourtant je voulais rÇussir. Je voulais rentrer chez moi.

Au petit matin, les MÇos nous ont fait comprendre qu’il fallait partir avec notre guide. Nous souhaitions de tout cœur trouver le maquis et savoir si ce renseignement Çtait exact. A partir de ce jour, je n’ai plus utilisÇ ma boussole. Nous sommes donc partis. A quelques kilomÄtres du village, sur la piste qui menait au sommet, j’ai eu un Çvanouissement, je me suis effondrÇ sur la piste. Tout en Çtant dans le cirage, incapable de bouger, ne voyant absolument rien, j’entendais tout ce qui se passait autour de moi. Sautereau et Skrodzki me remuaient, essayaient de me mettre debout, sans rÇsultat. Je restais inerte. Je les entendais dire Ä Laissons-le au village, continuons vers le maquis et lÑ, on viendra le faire rÅcupÅrer ! É Et ils sont partis. Je me souviens que des MÇos Çtaient autour de moi, qu’ils me soufflaient dans les oreilles, dans le nez... J’ai repris conscience dans le village. J’ai mangÇ du riz, du poulet, mais trÄs peu. J’Çtais trÄs faible. Je suis restÇ un jour ou deux. Un matin, les MÇos m’ont fait partir Å dos de mulet. Une petite Çquipe faisait partie de l’escorte. Me voici Å dos de mulet, pour rejoindre ce soi-disant maquis Å trois jours de marche. J’Çtais un peu mieux. Je n’avais pas la grande forme, mais, je tenais assis sur le mulet. Je voulais rentrer chez moi, revoir ma femme et mes enfants. Il fallait tenir. Au bout de deux jours Å cheval sur ma monture, quel calvaire, j’avais les fesses en sang ! Nous sommes arrivÇs devant une petite case en bordure de piste. J’ai entendu qu’on m’appelait. Je suis descendu de mon mulet, aidÇ par un MÇo, et j’entrais dans la case. Assis Å máme le sol, Skrodzki seul, plutét effondrÇ qu’assis. Il me dit qu’il en avait marre, qu’il ne bougerait plus. Je lui demandais des nouvelles de Sautereau. Il avait continuÇ Å marcher. Je lui proposai mon mulet, il refusa. J’ai insistÇ pour qu’il vienne avec moi, il m’envoya mÇchamment sur les roses. Je suis donc reparti. AprÄs un jour de marche ou plutét de mulet, les fesses endolories, le derriÄre en feu, nous sommes arrivÇs Å un nouveau village mÇo. Ma petite Çquipe m’a conduit directement Å une case oÜ je retrouvais Sautereau, affalÇ dans un coin, sans force, au bord de l’agonie. D’une voix faible, il me fit comprendre qu’il avait vu Sentenac avec le partisan hmong. Je pris un peu de riz, mais mon estomac refusait toute nourriture. J’avais des obligations qui me contraignaient Å sortir sans cesse, dÇplacements devenus un acte de courage vu les difficultÇs que j’avais Å me dÇplacer. J’Çtais assis Å cétÇ de Sautereau quand, Å un moment donnÇ, il me demanda d’une voix tout juste audible de prendre dans sa poche de veste un petit carnet qu’il tenait Å jour et de le remettre Å une infirmiÄre de l’hépital Lanessan Å Hanoà. Tout en prenant son carnet, je lui promis de le faire. Dans la nuit, Sautereau tomba dans un coma profond. Je ne pouvais rien faire pour lui, hÇlas. Le matin, quand je me suis rÇveillÇ, je constatais qu’il n’Çtait plus lÅ. J’ai demandÇ Å un MÇo oÜ Çtait mon camarade. Il me fit comprendre qu’il Çtait mort et qu ’ il avait ÇtÇ enterrÇ en dehors du village. Je n’eus máme pas la force, le courage d’aller voir oÜ Çtait sa tombe. Ce fut un moment d’Çcœurement, de grande peine. J’Çtais vidÇ, j’ai pleurÇ. Je me souviens d’avoir sorti de ma pochette en plastique une photo de mon portefeuille, une petite photo de ma femme, de l’avoir regardÇe longuement. Je ne croyais plus au retour. Nous avions ÇchouÇ, j’Çtais une loque, dans un Çtat d’Çpuisement extráme. A Hanoà quand j’ai donnÇ les dÇtails sur la mort de Sautereau, un mÇdecin m’a confirmÇ qu’il avait dÑ mourir d’un accÄs de paludisme pernicieux. Les MÇos ne voulaient plus me garder. Ils m’avaient fait comprendre que de temps en temps, les Viáts venaient au village. Le risque Çtait trop grand. Je suis parti tant bien que mal, Å une trÄs courte distance du village, m’installer dans une toute petite case. Je me suis allongÇ sur une petite natte Å máme le sol et toujours ces nombreux dÇplacements dus Å une dysenterie. Dans la journÇe, un MÇo m’a rendu visite et apportÇ quelques petites boules brunes qu’il avait dans le creux de la main en me faisant comprendre d’en manger une de temps en temps. J’ai compris que c’Çtait de l’opium pour ma dysenterie et que cela calmerait mes douleurs. J’ai pris ces boulettes et les ai avalÇes Å divers moments de la journÇe. Il y a longtemps que je ne pouvais plus manger, mon estomac Çtait fermÇ.

VERS LA LIBERTÜ Dans cette case, je suis restÇ peut-átre deux jours, puis, un soir ou un matin, je ne m’en souviens plus, les MÇos sont venus me chercher avec un mulet. Me voici reparti avec cette escorte. Dans l’Çtat oÜ je me trouvais, j’avais la trouille de tomber sur les Viáts, peur de me faire prendre bátement sans rÇagir. Me voici Å nouveau sur la piste. Ah, mes pauvres fesses ! Il y aurait de quoi Çcrire des pages sur les souffrances que j’ai endurÇes. AprÄs quelques jours de crapahut sur ma mule, plutét allongÇ sur la criniÄre qu’assis, nous sommes arrivÇs Å un Çperon dÇnudÇ. A quelques centaines de mÄtres, des hommes, fusil Å la main. Ils devaient átre 7 ou 8. En l’espace de quelques secondes, j’ai cru que j’Çtais perdu, que les Viáts Çtaient lÅ. Mais, trÄs vite, au comportement des MÇos, Å leurs sourires et leurs gestes, j’ai rÇalisÇ que c’Çtaient des hommes du maquis, le G.C.M.A. J’ai appris par la suite que j’Çtais prÄs du village de Te-Kin qui servait de sonnette d’alarme au maquis. J’Çtais heureux, je faisais grands gestes, en criant Ä Je suis un para du 6, je suis franåais, sergent-chef parachutiste É. Ces hommes m’entouraient et m’ont fait comprendre que, pas trÄs loin, il y avait un blanc. Nous voici tous partis en direction d’un piton couvert de vÇgÇtation. J’avais les larmes aux yeux. Je ne sentais plus mes douloureuses fesses. J’avais rÇussi. ArrivÇ au pied d’une pente abrupte, j’ai ÇtÇ transportÇ Å dos d’hommes pour atteindre le sommet. Tout en les aidants de mon mieux, je m’accrochais aux branches, aux racines. J’Çtais poussÇ, tirÇ. Que d’efforts pour arriver au sommet. J’Çtais plein de bonne volontÇ, de courage. AprÄs tant d’efforts, je suis parvenu au sommet, devant un blanc, un Franäais. Ä Je suis le sergent-chef Voilant du G.C.MA. – Je suis le sergentchef Rilhac É Quelle poignÇe de main ! Je suis allÇ au P.C. en marchant, titubant, mais seul. Il savait que nous Çtions dans le secteur et nous Çtions recherchÇs par ses MÇos. ArrivÇ Å son P.C., je me suis assis. LÅ, une nourriture m’est apportÇe, mais rien ne voulait passer. J’ai bu de l’eau, seule chose que mon estomac acceptait. Et, j’ai vu Sentenac. Il Çtait debout devant moi, apparemment en assez bonne forme. Je l’ai mis au courant pour Sautereau et Skrodzki tandis que le sergent-chef Voilant regardait mon anthrax. AprÄs l’avoir dÇsinfectÇ ainsi que mon panaris, il me fit un pansement. Il n’y avait rien d’autre Å faire. J’Çtais pratiquement guÇri. Je suis allÇ me coucher dans une case faite de branchages, car je ne pouvais rester longtemps debout, j’Çtais trop faible. Le sergent-chef Voilant attendait l’heure de la vacation radio pour signaler notre prÇsence. C’Çtait le 29 juin 1954. La case que j’occupais Çtait le lieu de repos d’une Çquipe mÇo. Il y avait une boète de lait concentrÇ qui devait appartenir Å l’un d’eux. J’y ai goÑtÇ et l’ai vidÇe en quelques minutes. Que c’Çtai bon !

Je crois que nous sommes restÇs une journÇe et une nuit. Un matin, un hÇlicoptÄre Sikorski est venu se poser Å proximitÇ du piton. AprÄs une derniÄre et chaleureuse poignÇe de main Å Voilant, Sentenac et moi sommes montÇs Å bord. Il m’a fallu l’aide des aviateurs. Nous voici partis pour Luang-Prabang. Je me souviens que nous nous sommes posÇ prÄs d’un poste pour faire le plein de carburant.

LE RETOUR SUR HANOÖ Sentenac est sorti de l’hÇlico pour se rendre au Foyer boire une biÄre. Quant Å moi, c’Çtait un effort que je ne pouvais fournir. J’ai bu une orangeade que Sentenac m’avait apportÇe. ArrivÇs Å Luang-Prabang, nous avons ÇtÇ transportÇs Å l’hépital oÜ un mÇdecin nous a examinÇs. J’en garde un souvenir un peu flou. Ce dont je me rappelle, c’est qu’un officier est venu nous demander si nous voulions envoyer un tÇlÇgramme Å nos familles. Je lui ai demandÇ de faire parvenir Å ma femme le tÇlÇgramme suivant : Ä Suis en bonne santÅ, arrive bientét. Maurice É. TÇlÇgramme que ma femme a reäu dans les dÇlais, mais qui la dÇrouta, car, quelques jours auparavant, elle avait lu dans un journal de la rÇgion, la liste des prisonniers de Dián Bián Phu oÜ mon nom Çtait inscrit. Peu de temps aprÄs, elle recevait le tÇlÇgramme Ä Suis en bonne santÅ. Arrive bientét. Maurice É. Il y avait de quoi átre dÇroutÇ. Sentenac et moi-máme avons ÇtÇ invitÇs Å un repas en notre honneur. Pour moi, le repas fut bref, je n’ai pratiquement rien mangÇ. Mon estomac ne voulait toujours rien savoir. AprÄs une nuit agitÇe, le lendemain matin, un officier, un lieutenant du G.C.M.A., est venu nous chercher. Nous sommes partis par Dakota pour Hanoà, trajet que j’ai effectuÇ en grande partie aux toilettes du bord. Je me vidais de plus en plus, si bien que le lieutenant s’inquiÇtait de mes absences. Il frappait souvent Å la porte pour me demander si j’allais bien. Nous sommes arrivÇs Å . Hanoà de nuit. Le lieutenant nous a conduits chez lui pour y passer la nuit. Le lendemain matin, il nous a emmenÇs au G.C.M.A. Sentenac et moi avons ÇtÇ sÇparÇs. J’ai subi un interrogatoire dans les rÄgles. å Comment vous Ötes-vous ÅvadÅs ? Oâ ? Quand ? Comment vous Ötes-vous nourris ? La R.P. 41 avait-elle subi de gros dÅgíts suite Ñ l’intervention de l’aviation ? Avez-vous vu des vÅhicules ViÖts ? L’artillerie ? Comment est mort votre camarade Sautereau ? ... Et, j’en passe... Je ne dÇsirais qu’une chose : dormir. L’interrogatoire terminÇ, on mit un lit picot Å ma disposition dans un dortoir du C.C.M.A. oÜ je rencontrais le sergent Lasserre que je ne connaissais pas et qui est devenu depuis un trÄs bon camarade, mais qui hÇlas, nous a quittÇs. Ce fut le seul Å s’occuper de moi, Å m’apporter jus de fruit et rÇconfort. J’ai appris, quelques jours plus tard, que le G.C.M.A. nous avait considÇrÇs comme des dÇserteurs et non des ÇvadÇs. Mais trÄs vite, Å l’Çvidence máme, les choses avaient ÇtÇ claires. J’ai ÇtÇ dirigÇ sur l’Infirmerie de l’E.D.A.P. pour un examen complet avec le diagnostic suivant : asthÇnie, anÇmie, amaigrissement anormal, dysenterie, poids : 42 kilos. Quant Å mon panaris : guÇri, mais la phalange Çtait toujours en flexion. Le mÇdecin me proposa deux solutions : garder le doigt tel quel le couper. J’optais pour la premiÄre solution. J’ai donc toujours le majeur droit en flexion. Quant Å l’anthrax, il Çtait complÄtement guÇri. Cependant, je suis restÇ 18 jours Å l’infirmerie avec un traitement uniquement par cachets. Je ne pouvais recevoir aucune piqÑre, j’Çtais trop maigre. Pendant ce sÇjour, j’ai reäu bien des visites de la base arriÄre du 6 ÄmeB.P.C dont l’adjudant AndrÇ Sol qui Çtait notre adjudant-chef de Bataillon Å qui j’ai confiÇ le carnet de Sautereau. Ce carnet a ÇtÇ remis ensuite au sergent Blanzy, du P.C. du bataillon, lequel en fit une copie partielle (en Çvitant les passages trÄs intimes) et le transmit au lieutenant Gauche, officier d’Çtat-civil du bataillon. AprÄs dÇcision du mÇdecin-chef, le capitaine Chaize, je suis sorti de l’infirmerie Å peu prÄs d’attaque. J’avais appris par la base arriÄre du bataillon que Skrodzki Çtait Å l’hépital Lanessan, sauvÇ d’une mort certaine par les MÇos du sergent-chef Voilant. Avec Sentenac, je suis allÇ lui rendre visite. Nous nous sommes retrouvÇs tous les trois, les larmes aux yeux. La visite fut de courte durÇe car il Çtait trÄs faible. Une infirmiÄre nous avait demandÇ de ne pas trop tarder. Le mÇdecin-chef m’avait proposÇ d’aller passer un mois de repos au centre de Dalat. Je refusais. Mon sÇjour Çtait terminÇ, j’avais hãte de revoir ma femme et mes enfants. J’ai demandÇ Å rentrer en France. Je suis allÇ chez un tailleur chinois me faire confectionner un complet pour mon retour en France prÇvu les jours suivants. A partir de ce moment, je n’ai plus revu Sentenac. AprÄs voir passÇ quelques jours Å Hanoà, j’ai ÇtÇ rapatriÇ par avion le 29 juillet 1954 avec d’autres militaires, des gros, des minces, d’une corpulence raisonnable, tous apparemment en pleine santÇ. Parmi eux, je faisais figure de gringalet. Nous avons atterri au Bourget le 31 juillet 1954.

LA FRANCE ArrivÇ en France, au Bourget, ma femme m’attendait. Quand elle a vu ce qui restait de son mari, elle eut un moment d’hÇsitation, d’Çtonnement, figÇe sur place. Mais, j’Çtais lÅ debout. Tous n’ont pas eu cette chance. Dans Paris, j’Çtais complÄtement perdu. Le bruit, la circulation. Beaucoup d’agitation pour traverser un boulevard, hÇbÇtÇ, mal Å l’aise. J’avais une belle somme d’argent sur moi que m’avait remise le trÇsorier. Heureusement que je l’avais confiÇe Å ma femme. Au cours de mon sÇjour Å Paris, j’ai perdu mon portefeuille. Puis, nous avons pris le train pour la Bretagne, Vannes exactement. Et de lÅ, Baden un petit bourg prÄs d’Auray. J’ai passÇ chez mes beaux-parents une convalescence et un repos des plus apprÇciÇs. J’avais un appÇtit fÇroce. De jour en jour, je reprenais des forces, des kilos et... une bonne furonculose. A la fin de mon congÇ de campagne de 90 jours, je reäus mon affectation pour Bayonne, j’Çtais affectÇ Å la 1 Äre 1/2 Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes Å la Citadelle. A mon arrivÇe, comme tous les camarades rentrant de congÇ de fin de campagne, je fis le circuit habituel. Je me prÇsentais devant un sous-officier qui me demanda divers renseignements : Votre grade ? Sergent-chef Le brevet. De 2 Äme degrÇ (B.A.2) ? Non. Le brevet du l erdegrÇ d’aptitude chef de section (B.A.1) ? Non. Avez-vous le certificat Interarmes (C.I.A.) ? ... Non. Il eÑt l’air surpris, trÄs ÇtonnÇ, tout juste s’il ne m’a pas demandÇ : Qu’avez-vous fait en Indochine ? Dans la foulÇe, je me suis prÇsentÇ Å un officier qui avait sur son bureau mon "Çtat signalÇtique et des Services". Il me fÇlicita : Sergent-chef, mÅdaille militaire, chef de section, prisonnier Ñ DiÖn BiÖn Phu, ÅvadÅ etc. ... Puis, il me dit : Ä Ici, vous ne serez pas chef de section. Adjoint peut-Ötre É (douche froide !) Les jours suivants, un officier supÇrieur rassemble les nouveaux arrivants dans la salle å Commando ç de la Citadelle. Il nous reäÑt en ces termes : Ä Soyez les bienvenus. É Puis, c’est la prÇsentation, le systÄme de fonctionnement des Services etc. Ä Et maintenant, il faudra travailler. Vous n’avez pas de diplémes ... La loi de la hache. Pas de rengagement ! É (Douche glacÇe ...). J’ai donc passÇ le C.I.A. en 1955, le B.A.1. en 1956, ensuite le B.A.2 au camp de Bitche en 1958. Je n’ai pas eu beaucoup de mÇrite pour rÇussir Å ces examens : un peu de travail, un peu de connaissances et les nombreux points supplÇmentaires rÇservÇs aux candidats titulaires de citations, ce qui m’a permis d’obtenir une bonne mention. En octobre 1955, Å la Citadelle de Bayonne, le capitaine Lucien Le Boudec recrutait des sous-officiers pour l’escadron de jeeps armÇes en vue de servir au 3 Äme RÇgiment de Parachutistes Coloniaux, en AlgÇrie, sous les ordres du Lieutenantcolonel Bigeard. Mon volontariat fut acceptÇ. AprÄs une pÇriode d’instruction au camp des Garrigues Å Nèmes, j’embarquais Å Marseille le 6 avril 1956 pour l’Afrique du Nord oÜ je retrouvais Sentenac, et, nous avons continuÇ Å servir ensemble, au 3 Äme RÇgiment de Parachutistes Coloniaux, jusqu’au sa mort djebel Timimoum le 21 novembre 1957.