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Après trois ans de guerre de tranchées, 1918 voit le retour de la guerre de mouvement. Les Allemands s’épuisent en offensives vaines, quand les Alliés, mieux coordonnés, repoussent définitivement l’envahisseur avec les Sammies  et les chars. Retour sur cette dernière offensive.

1918 : dans un contexte d’asphyxie économique due au blocus allié et profitant d’effectifs importants de retour du front russe, le général allemand Ludendorff veut enfoncer le front occidental entre Français et Britanniques pour les forcer à la paix avant que ces derniers ne puissent compter sur les troupes américaines et les chars français. De mars à juillet, une série d’offensives se déroulent, dont la dernière -la Friedenstrum - est lancée du 15 au 18 juillet 1918. Sous le commandement unique du général Foch, les Alliés ont tenu le choc. En Champagne, l’attaque allemande a été éventée grâce aux renseignements pris sur l’ennemi. Le général Gouraud, commandant la 4e Armée, met en place une défense ″élastique″ afin que les coups de l’ennemi portent dans le vide. Les premières lignes sont évacuées et ypéritées  ne laissant que des postes défensifs devant tenir le plus longtemps possible, ainsi que des zones d’effort de feux d’artillerie. De plus, des explosifs attendent les chars d’accompagnement pour les stopper. Deux km en arrière se trouvent la ligne de défense principale ainsi que les réserves. Les Allemands, pourtant à 3 contre 1, ne passeront pas. Le dispositif a fonctionné et le terrain perdu est repris les jours suivants. Le 18 juillet, les Allemands perdent l’initiative et leurs meilleures troupes.

L’offensive de la victoire

Ne relâchant pas la pression, les Alliés préparent une offensive généralisée sur trois axes afin de converger vers les Ardennes. Les Allemands s’y attendent. Aussi plaquent-ils sur leur terrain le même dispositif défensif que celui des Français. Toujours grâce aux reconnaissances aériennes et aux prisonniers, leurs dispositions sont connues, notamment en Champagne, dans la zone d’action  de la 43e division d’infanterie (43e DI) dont fait partie le 1er bataillon de chasseurs à pied (1er BCP). Au niveau des secondes lignes, certains points d’appui sont composés de quatre lignes de tranchées concentriques et de blockhaus. C’est le cas du mont Muret, une position jugée inexpugnable par le commandement. Le 26 septembre, l’objectif de la 43e DI est de couper la voie ferrée d’approvisionnement au nord de ce point. Le 1er BCP fait mouvement le 25 au soir pour se mettre en place en première ligne. À 23 heures, une formidable préparation d’artillerie prend sous son feu meurtrier l’ensemble des positions ennemies et surtout la 2e ligne. À 5 h 25, encadré par le 149e RI à l’ouest, le 158e RI à l’est, et suivi par le 31eBCP en soutien, le 1er BCP s’élance en pointe dans le jour naissant. La progression est précédée d’un feu roulant d’artillerie que les chasseurs doivent suivre à 300 m.

Au son du canon

Un épais brouillard s’installe dans toute la zone empêchant l’artillerie d’observer convenablement le terrain et d’assurer les coups portés. Cela gêne le bataillon dans sa progression, met à mal les liaisons avec les unités voisines et cause quelques pertes. L’artillerie allemande n’y voyant pas mieux, réagit peu. Marchant à la montre, les chasseurs continuent jusqu’aux premières lignes ennemies où quelques mitrailleuses freinent les compagnies de tête. 7 h 30, le passage de ligne est effectué. Entre-temps, le brouillard s’est renforcé. On n’y voit pas à cinq mètres. Le bataillon détache une section par compagnie pour assurer les liaisons physiques entre les différentes unités. Les chasseurs marchent désormais à la boussole, au son du canon. Les Allemands sont dans l’incertitude quant à l’avance française. Aussi, dans ce brouillard, l’élan des chasseurs les surprend souvent avant même qu’ils aient pu prendre position.

 
 

Le mont Muret est pris

À 9 h 40 le 1er BCP aborde la route Sommepy-Tahure au moment même où le brouillard se lève sur le mont Muret. Conscients désormais de l’avance des Français, les Allemands se ruent sur leurs positions mais les chasseurs, galvanisés par l’élan pris, partent à l’assaut. Progressant en appui mutuel, tirant en marchant, grenadant et vociférant, les chasseurs du 1er bataillon submergent la position. Les défenseurs fuient en nombre sur la contre-pente. Des mitrailleuses d’appui prennent à partie les pièces d’artillerie aux abords. Saisis d’effroi, nombre d’Allemands stoppent et font demi-tour en levant les bras.

10 h 10, le mont Muret est pris. Du sommet, pigeons, fusées et coureurs rendent compte que l’objectif est atteint ! À 11 heures la voie ferrée est en vue. Des chars FT 17, débordant par l’ouest, partent plein nord pour aider à exploiter la percée. Des centaines d’Allemands cheminent, désarmés, dans les boyaux de communication vers le sud. Parmi eux se trouve le chef du bataillon de la position fortifiée qui vient d’être pris. Interrogé, il déclare : « C’est la plus belle attaque que j’ai vue. Malheureusement, c’est vous qui l’avez faite et moi qui l’ai subie ! » Dans l’après-midi, deux contre-attaques sont repoussées par le 1er BCP qui, au terme de cette journée mémorable et marchant en tête, aura repris 7 km de France à l’ennemi et conquis sa 4e citation de la guerre.


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