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Compagnon des bons et des mauvais moments, le pinard contribue, au même titre que le tabac, à entretenir le moral du Poilu, même si ses qualités gustatives sont médiocres, ce n’est que de la vinasse…

Le conflit entre l'Allemagne et la France commença le . Avant la fin du mois, les viticulteurs du Midi offraient 200 000 hectolitres pour les soldats partis au front. Car cette guerre, qu'on appelle « grande guerre » dès 1915, a rapidement été perçue comme un « événement exceptionnel, quelque chose d’épique qui relevait de la grande histoire ». Parallèlement à cette prise de conscience, le vin de France fut réquisitionné des politiques aux poètes pour devenir partie prenante d'un patriotisme cocardier. Quatre fonctions lui ont été assignées entre 1914 et 1918. Il va être, tout d'abord, un fortifiant qui doit soutenir le juste combat des poilus. Théodore Botrel, dans Rosalie, illustre ce rôle imparti au vin en plaçant son injonction guerrière « Nous avons soif de vengeance » entre ces deux vers « Verse à boire ! » et « Buvons donc de la gloire à pleins bidons ! ».

Autre fonction impartie au vin, celle d'un produit du terroir issu du sol de la France sacralisée et envahie. Dans son Ode au Pinard, Max Leclerc déclame « Salut ! Pinard pur jus de treilles,/ Dont un permissionnaire parfois / Nous rapporte une ou deux bouteilles / C’est tout le pays qui vit en toi ».

Boire du vin aux armées était une nouveauté, car jusqu'alors, il ne faisait pas partie de l'ordinaire du soldat ni en temps de paix, ni en temps de guerre. « L'eau est la boisson habituelle du soldat », spécifiait le règlement intérieur des armées.

Dès octobre 1914, l'Intendance avertie d'une prévisible guerre de longue durée, afin d'améliorer la vie dans les tranchées ajouta à l'ordinaire des troupes une ration de vin. C'était l'acte de naissance du Père Pinard, un vin fort médiocre, qui avait « trop peu ou goût de rien ». Comme il fallait faire dans l'uniforme, le pinard du poilu, c'est-à-dire le vin rouge, fut un assemblage de vins à faible degré (Maconnais, Beaujolais ou Charentes), avec la production au degré élevé du Languedoc-Roussillon, du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie. Le seul but était d'atteindre 9° d'alcool.

Tout soldat reçut quotidiennement un quart de vin, approvisionnement relativement facilité par l'abondante vendange de 1914. Cette ration fut reconnue insuffisante et doublée par le Parlement, en janvier 1916. Cette même année, après la bataille de Verdun, Jean Richepin, se fit un devoir d'écrire : « Dans des verres de paysans, ainsi que dans des calices touchés d'une main tremblante, qu'ils y boivent le pinard des poilus, versé par nos cantinières silencieuses et payé le plus cher possible au bénéfice des veuves et des orphelins de France ». Ce demi-litre fut augmenté à partir de janvier 1918, et la ration passa à trois quarts de litre par jour.

La demande était donc énorme de la part de l'armée qui eut recours à la réquisition qui, cette année-là, concerna le tiers de la récolte française, colonies comprises. Le vin réquisitionné était laissé chez le producteur, afin de faciliter le stockage, et soutiré en fonction des besoins militaires. En contrepartie, le viticulteur ou la coopérative vinicole, recevait une prime de vingt centimes par hectolitre et par mois.

De ces caves, le vin était ensuite dirigé vers de grands entrepôts régionaux qui se situaient à Béziers, Sète, Carcassonne, Lunel et Bordeaux. De là, le pinard rejoignait en wagons-citernes les entrepôts à l'arrière du front avec un rythme de rotation de deux jours. Chaque convoi transportait une moyenne de 4 000 hectolitres. Immédiatement conditionné en fûts, le pinard rejoignait à nouveau en train les gares régulatrices, puis les cantonnements par camions automobiles.

Issu de la poésie populaire, Louis Bousquet, auteur des paroles de la chanson - musique de Camille Robert - était marchand de vélos à Paris, Vive le Pinard, soutient pourtant la comparaison avec Le vigneron champenois, de facture avant-gardiste, poème dû à la plume d'un professionnel, Guillaume Apollinaire, alors artilleur du 38e régiment d'artillerie.

Pour Bousquet, le pinard de l'Intendance n'a aucune parenté avec le vin « transparent et vermeil » chanté par l'académicien Richepin. Le pinard, c'est de la vinasse, un vin de fort mauvaise qualité, dont le seul avantage est de réchauffer et ravigoter le poilu.

(extrait de Wikipédia)