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Les articles 177 et 178 du traité de Versailles ayant interdit toutes les organisations armées en dehors de la Reichswehr et de la police des États, les autorités du Reich enlevèrent les Gardes d’habitants au ministère de le Reichswehr pour les rattacher au ministère de l’Intérieur, où elles passèrent sous les ordres d’un Commissaire civil. Mais leur armement resta le même et le décret spécifia que les Gardes d’habitants, une fois mobilisées, pourraient repasser immédiatement sous le commandement des autorités militaires. 

Dès le 1er décembre 1919, les Alliés se virent obligés d’intervenir pour demander la dissolution de ces formations qui constituaient de véritables réserves instruites, où l’État-Major n’aurait eu qu’à puiser, en cas de mobilisation. 

« Tout en protestant, écrit le général Nollet, le gouvernement [du Reich] transmit aux divers États les injonctions des Alliés. Il les invita même à supprimer les Einwohnerwehren, sauf à leur substituer telles autres organisations de protection qu’ils jugeraient à propos, sous réserve que la création de ces dernières ne pût faire conclure à une violation du Traité. La plupart des États entrèrent dans la voie qui leur était indiquée. Ils s’évertuèrent à trouver un compromis entre les exigences des Alliés et les vœux de leurs populations. Seules, la Prusse-Orientale et la Bavière se refusèrent catégoriquement à composer », — la Prusse-Orientale parce qu’elle se sentait menacée par une invasion de l’armée soviétique, la Bavière parce qu’à la suite du putsch de Kapp, elle était devenue le refuge de toutes les forces réactionnaires du Reich et que l’Einwohnerwehr bavaroise, issue de l’Orgesch, était un des piliers du gouvernement de von Kahr.

A partir de ce moment, la discussion entre les Alliés et le gouvernement allemand prit un tour plus aigre.

Afin de couper court aux récriminations de Berlin, les Alliés, réunis à la conférence de Boulogne, exigèrent purement et simplement la dissolution de toutes les Gardes d’habitants existantes avant le 1er janvier 1921, faute de quoi ils procéderaient à l’occupation d’une nouvelle partie du territoire allemand.

Effrayé par cette perspective, le Reich promulgua une loi « Sur le désarmement des populations civiles » (8 août 1920), suivie, le 22 mars 1921, d’une seconde loi « Sur l’exécution des articles 177 et 178 du Traité », mais la Bavière n’en persista pas moins dans son refus. Bravant à la fois les Alliés et les autorités d’Empire, le Cabinet de Munich répondit que les Einwohnerwehren ne tombaient pas sous le coup des paragraphes invoqués, et qu’elles subsisteraient, en Bavière, sous leur forme actuelle, car la défense de la patrie était un devoir moral, supérieur à toute obligation politique.

Irrités par cette résistance obstinée, les Alliés, réunis à Londres, adressèrent, le 5 mai 1921, un nouvel ultimatum au Reich, le sommant de dissoudre toutes les troupes d’autodéfense avant le 30 juin 1921, faute de quoi les sanctions prévues seraient immédiatement appliquées. 

Du coup la situation devint franchement mauvaise. Les États allemands conjurèrent le gouvernement bavarois de céder afin de ne pas envenimer la discussion entre le gouvernement du Reich et les Alliés et ne pas exposer le pays à des représailles. Pris entre les dangers d’une scission et d’une seconde action exécutive de la Reichswehr, le gouvernement bavarois finit par se soumettre. Il décréta la dissolution de l’Einwohnerwehr. Celle-ci ne disparut d’ailleurs pas complètement : la plupart de ses membres se regroupèrent dans des associations illégales, notamment dans le corps franc Oberland. 

Venons-en à présent au deuxième groupe, qui comprend l’ensemble des associations illégales : Rossbach, Oberland, Aulock, Heydebreck, Hubertus, Arnim, Schmidt, etc. L’activité de ces corps francs forme un des épisodes les plus curieux de cette époque et rien ne saurait en donner une image plus saisissante que de suivre, pas à pas, la vie d’un de ces groupements. 

En décembre 1918, le jeune lieutenant Gerhard Rossbach, du 175e régiment d’artillerie, constitue de sa propre autorité une compagnie de Grenzschutz, qui prend bientôt le nom de Section d’Assaut des volontaires de Rossbach (Freiwillige Sturmabteilung Rossbach). C’est, à cette époque, un détachement de cent quatre-vingts hommes, où toutes les armes sont représentées. Le 29 janvier 1919, les volontaires de Rossbach s’emparent de la ville de Culmsee, en Prusse-Occidentale, occupée à cette époque par des milices polonaises. A la suite de ce coup de main audacieux, la Section d’Assaut est incorporée à la Reichswehr provisoire, sous le nom de 37e bataillon de Chasseurs (Reichswehr Jägerbataillon 37). 

Le 28 juillet 1919, le Traité de paix est signé. Indigné par ce qu’il appelle la « capitulation honteuse du gouvernement de Weimar », Rossbach déchire ses insignes et se donne un nouveau drapeau : deux bandes transversales en argent, surmontées d’un grand « R » brodé, sur fond noir. Puis il fait prêter serment à ses hommes et déclare : « A partir de ce jour, le bataillon est assermenté. »

Malgré la défense formelle des autorités du Reich, Rossbach décide d’aller rejoindre la Division de Fer, qui lutte devant Riga sous les ordres de Bermondt-Awaloff. Au moment où il s’apprête à pénétrer en Lituanie, dans la nuit du 30 octobre 1919, il reçoit la visite d’un émissaire du général von Seeckt, le major Hess, qui lui notifie l’interdiction de quitter le territoire du Reich. 

Nous ne céderons qu’à la force, répond Rossbach, qui fonce à travers la frontière avec armes et bagages, entraînant à sa suite une partie des troupes venues pour l’arrêter. 

Freikorps 2

Les effectifs du corps s’élèvent à ce moment à 1500 hommes. Le 7 novembre, Rossbach arrive à Mitau, où il apprend que les troupes allemandes battent partout en retraite. Bondissant en avant, Rossbach se précipite sur Thorensberg, où il réussit à délivrer un bataillon de la Division de Fer, encerclé par les Lettons. Mais le repli s’accentue et Rossbach est obligé de suivre le mouvement. Au début de décembre, les volontaires de la Baltique évacuent la Courlande. Le 12, Rossbach rentre en Allemagne, où il est inculpé de désertion, et sa troupe exclue de l’armée pour insubordination. Mais Rossbach refuse de laisser dissoudre son bataillon. Il fait paraître une annonce dans les journaux, offrant ses services aux particuliers qui voudraient l’employer dans un but d’intérêt national. Les milieux qui préparent le putsch de Kapp — peut-être l’Union nationale — lui fournissent des subsides pour lui permettre de survivre. 

En mars 1920, le putsch de Kapp se déclenche. Appelé à Berlin par le général von Lettow-Vorbeck, le corps franc de Rossbach est réintégré dans la Reichswehr sous son ancienne dénomination. Un mois plus tard, le putsch ayant échoué, le bataillon Rossbach est dissous pour la seconde fois. Mais, comme en 1919, ses membres refusent de se disperser. D’accord avec la Ligue agraire poméranienne (Pommersche Landbund), le bataillon se transforme en Communauté de travail ou Arbeitsgemeinschaft. Les armes, déposées à Gilstrow lors de la dissolution du corps, lui sont envoyées en Poméranie sous la désignation de pièces dértachées. 

Cette Communauté de travail est une organisation semi-militaire, semi-agricole, du genre de celles que von der Goltz se proposait d’installer dans les Pays Baltes. Ses membres sont hébergés chez de grands propriétaires terriens, dont ils cultivent les domaines en attendant de reprendre les armes.

Ce moment ne tarde guère. Au printemps de 1921, Rossbach rassemble ses volontaires pour les mener en Haute-Silésie. Le corps compte alors quatre mille hommes environ. En 48 heures, deux régiments et une compagnie de cyclistes sont sur pied. Le corps comprend en outre des sections d’autos et de camions, qui transportent le service sanitaire, la clique et les bagages. Pendant plus de trois mois, les volontaires de Rossbach se battent contre les Polonais, en liaison avec les corps francs Oberland, Aulock, Schmidt et Heydebreck. 

En juillet 1921 un armistice est conclu par le général Hofer, et les troupes d’autoprotection sont dissoutes en Haute-Silésie. Elles doivent remettre leurs armes à la Commission de désarmement mais parviennent à les dissimuler dans des fermes et des châteaux. Échappant au contrôle de la police, les formations de Rossbach rentrent en Poméranie où elles reprennent leur ancienne activité au sein de l’Arbeitsgemeinschaft. Leurs armes les y rejoignent quelques semaines plus tard. 

Mais, entre-temps, la Communauté de travail a été interdite, en vertu de la loi sur l’application des articles 177 et 178 du traité de Versailles (22 mars 1921). Cette mesure est renforcée, le 24 novembre 1921, par un décret prescrivant la dissolution des corps francs illégaux dans tout le Reich (et notamment Rossbach, Oberland, Heydebreck, Hubertus et Aulock). 

Rossbach transforme alors sa Communauté de travail en Mutuelle d’épargne, ou Sparvereinigung, dont le centre est à Kalsow, dans le Mecklembourg, et les bureaux à Berlin-Wannsee 2. Arrêté le 11 novembre 1922, pour complot contre la sûreté de l’État, Rossbach est relâché quelques jours plus tard. Le 16 novembre, un décret du ministre Severing interdit la Mutuelle. Le 18, Rossbach fonde l’Union pour la formation agricole (Verein für Landwirtschaftliche Berufsbildung). Le 24, un nouveau décret de Severing interdit l’Union pour la formation agricole. 

Dans cette lutte acharnée contre les pouvoirs publics, Rossbach ne se décourage pas. « Je fonderai des associations, déclare-t-il, plus vite que les autorités ne pourront les dissoudre. » En décembre 1922 il est â Munich, où il célèbre le quatrième anniversaire de la constitution de son corps franc. Tous les anciens Baltes résidant en Bavière — ils sont près de 150 — sont conviés à la cérémonie. Ils y viennent avec leurs insignes et leurs brassards. La plupart portent l’uniforme sous leurs manteaux civils. 

Rossbach entre alors au parti National-Socialiste, dont il devient le délégué dans le Mecklembourg. Il y organise des Unions de Jeunesses sportives ou Turnerschaften. Arrêté une deuxième fois en octobre 1923, Rossbach réussit à gagner Munich ou il prend une part active au putsch du 9 novembre. Après l’échec de ce coup d’État, il se réfugie à Vienne ou les autorités autrichiennes lui accordent le permis de séjour.

Freikorps 14

Jacques BENOIST-MÉCHIN

In Histoire de l’armée allemande 1918-1937 (tome 1)

Editions Robert Laffont / Bouquins

In site Internet : Theatrum Belli