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Figurines des musiciens du premier régiment de grenadiers à pied de la Garde Impériale, 1804-1815. 

(Photo : Paris, musée de l'Armée)

La musique dans l'armée de Terre

Texte : LTN Stéphanie RIGOT

 

Avis à nos lecteurs les plus mélomanes. Les instruments à percussion, les trompes et les trompettes ont d’abord servi à transmettre des ordres au combat. Une pratique ancestrale qui remonte à l’Antiquité. La naissance d’un répertoire spécifique de musique militaire en France date du règne de Louis XIV : il recourt à la musique pour donner du faste au cérémonial mais aussi pour renforcer le lien armée-nation. À partir de la Première Guerre mondiale, la musique trouve un usage plus distractif et est utilisée pour entretenir le moral des soldats sur le front. Vecteur de mobilisation au combat, de prestige puis de divertissement, la place de la musique n’a cessé d’évoluer au fil des siècles. Patrimoine culturel indissociable de l’histoire militaire, elle n’est plus aujourd’hui, réservée aux cérémonials. Certaines compositions sont des tubes universels repris dans des publicités, des films et des clips. Une sonnerie de clairon, un chant de soldat… Ceux qui les reconnaissent et les transmettent, perpétuent une mémoire collective. Un héritage à défendre et à promouvoir.

 

En rythme !

Ce que l’on appelle "musique militaire" recouvre trois grands usages. La céleustique, c’est-à-dire ʺles sons pour transmettre les ordresʺ au combat, la musique dédiée aux cérémonies et enfin, les chants utilisés par les soldats. Ces pratiques constituent un patrimoine d’une grande vitalité et aujourd’hui encore, en évolution constante.

C’est au son du clairon que le premier « cessez-le-feu » est sonné le 7 novembre 1918. Une anecdote historique révélatrice de l’usage premier de la musique militaire. Dès l’Antiquité, sur les champs de bataille, le recours aux instruments assure la transmission de signaux sonores relayant les ordres réglementés : l’entrée, la charge à cheval ou à pied ou encore la chamade, soit l’intention de capituler. À cela s’ajoutent les sonneries régimentaires pour rassembler des soldats d’une même formation. Sous le règne de Louis XIV, ces ʺbruits de guerreʺ, comme on les appelle, sont uniformisés et consignés dans des partitions pour être ensuite utilisés dans l’ensemble des régiments de France.

Un corpus de marches militaires voit le jour, sous la plume du mousquetaire André Danican Philidor. Le monarque veut affirmer la cohésion des armées par un répertoire unifié, tout en suscitant l’engouement populaire sur le passage des troupes. Tambours, timbales, hautbois et trompettes… Ces ʺhauts instrumentsʺ, ceux qui sonnent le plus fort, sont mobilisés. Les premiers corps de musiciens apparaissent en tête des troupes sur les champs de bataille à partir du XVe siècle.

Donner la cadence

Amateur de danse et de guitare, le Roi soleil fait de la musique une des pierres angulaires de son pouvoir. Pour asseoir son prestige, il sonorise les manœuvres et les cérémonies militaires. Qui aujourd’hui encore n’a jamais entendu un « Garde à vous ! » suivi des notes de batterie de tambour et de clairon ? Des honneurs au drapeau ou à l’étendard à l’arrivée d’autorités en passant par la revue des troupes, la cadence est donnée en musique. Avec les innovations technologiques, la présence des orchestres sur le front se fait plus rare et l’usage de la musique au combat devient plus récréatif.

Durant la Première Guerre mondiale, des chants sont imprimés dans des journaux diffusés dans les tranchées. Philippe Pétain, commandant en chef des forces françaises, généralise l’utilisation de la musique pour remonter le moral des troupes. Au sein des bataillons, des orchestres sont constitués. Des artistes sont également envoyés se produire sur le front : le chant Quand Madelon connaît un succès inattendu grâce à la tournée du chanteur de comique troupier Charles-Joseph Pasquier.

Reprise en fanfare

De nos jours, la musique militaire a dépassé le cadre de la céleustique. Tout au long de l’année ou à l’approche de grandes commémorations, les concerts caritatifs et projets musicaux fleurissent. Ils permettent de mener des actions solidaires aux côtés des citoyens. Il faut attendre 2001 et la fin du service militaire pour que l’armée se dote de musiciens professionnels.

En 1978, le conservatoire militaire de musique de l’armée de Terre est créé puis remplacé en 2016 par un commandement spécifique : le commandement des musiques de l’armée de Terre (Commat) dont l’ambition reste de faire résonner les valeurs de l’armée. Les treize fanfares que compte l’armée de Terre participent activement aux différentes cérémonies.

La pandémie a réduit le rythme des représentations musicales. Avant 2020, près de 740 missions étaient réalisées chaque année par six orchestres professionnels. L’année 2022 sonne comme une reprise, en fanfare. Le 6 mai 2022, entre 500 et 600 spectateurs ont assisté à un concert citoyen donné par la fanfare du 1er régiment de chasseurs. Cette initiative est une première. Elle a réuni des professeurs de plusieurs collèges, des chorales d’élèves. Elle résulte d’un travail axé sur le devoir de mémoire en classe autour du ʺChant des partisansʺ. Entre musique, histoire et tradition, cette prestation a été saluée par tous.

(source :  site armée de Terre)